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[Tribune de SIGUIRE] Vie de femmes déplacées internes : peut-on tolérer la prostitution au nom de la survie ?

Ceci est une tribune libre de l’écrivain professionnel Adama Amadé SIGUIRE, signée pour ACTUALITE.BF. En qualité, à la fois d’évrivain et de consultant en relations humaines, M. SIGUIRE publiera souvent sur ACTUALITE.BF, des tribunes libres sur des sujets d’actualité.

Il nous revient, depuis quelques jours, que des femmes déplacées internes dans les villes de Kongounsi et de Kaya se livrent à une activité qui manque de décence et de morale dans le but de survivre face à la misère que leur impose cette guerre que connait le pays il y a quelques années. Selon les témoignages, la situation des femmes déplacées internes dans les villes de Kongounsi et de Kaya est très préoccupante. Sur les sites qu’elles occupent, sévissent au quotidien la tristesse, la misère et la désolation qui sont les conséquences directes de la guerre.

C’est donc une lutte pour la survie face aux dures épreuves de la vie. L’Etat fait-il assez pour soulager la misère de ces femmes ? Ce n’est pas évident. Il nous revient que se procurer de quoi se nourrir est une longue lutte pour les femmes déplacées internes. Les vivres ne suffisent pas et les distributions ne se font pas toujours dans une grande équité. Il y a celles qui gagnent assez, celles qui gagnent peu et celles qui ne gagnent presque rien. Il faut pourtant se nourrir pour ne pas mourir. Alors, certaines femmes déplacées internes ont vite développé une autre stratégie de survie.

Nous avons entendu parler de sexe contre nourriture. Qui en est l’initiateur? Il ressort que certains hommes qui s’occupent de la distribution des vivres aux femmes déplacées internes dans certaines localités manquent de morale. C’est un chantage subtil qui est fait aux femmes comme pour les pousser, dans leur état de détresse, à n’avoir aucun autre choix. Et certains hommes en sont bien responsables. Le malheur des uns fait souvent le bonheur des autres. Ainsi, certaines femmes déplacées internes offrent des avantages indécents à certains hommes qui pourraient les aider à avoir des vivres. Elles font recours à ce qui n’est rien d’autre qu’une forme de prostitution dans l’espoir d’avoir de quoi se nourrir. Faut-il tolérer une telle pratique ?Que c’est indécent ! Que les hommes manquent souvent de raison !

Il faut d’abord condamner toutes ces femmes déplacées internes qui se livrent à cette pratique. Oui, la misère est l’ennemie de la dignité. Mais, la dignité doit être au dessus de la misère. Il est difficile de pardonner à une mère de famille qui ne trouve rien à faire que d’échanger son corps contre des vivres ou contre de l’argent pour acheter des vivres, même si c’est pour sauver la vie de ses enfants. Dans nos traditions sociales, il est dit que le corps de la femme est sacré et les enfants d’une femme qui livre son corps à des hommes contre de l’argent ne sauraient réussir dans la vie. Au-delà de tout cela, cette pratique pose un sérieux problème de morale.

Doivent-elles arriver à ce niveau ? Les femmes déplacées internes qui se livrent à cette pratique aggravent leur douleur, car elles portent désormais sur la conscience un lourd fardeau. Comment vont-elles se regarder quand elles savent bien ce qu’elles font ? Il faut aussi voir la responsabilité de l’Etat dans la déchéance de ces femmes déplacées internes. L’Etat joue-t-il son rôle ? Il lui appartient de venir en aide à toutes ces femmes déplacées internes pour qu’elles ne perdent pas leur dignité dans le désespoir et la misère. Et le ministère de l’action sociale étant sous la tutelle d’une femme, la distribution des vivres doit se faire dans une grande transparence, et il faut extirper tous les hommes qui voudraient profiter du malheur de ces femmes pour satisfaire leur libido. C’est le summum de l’immoralité et de l’indécence. Enfin, que dire de ces hommes qui voient leur bonheur dans la misère de ces femmes ? Ils devraient être plus humains, car le malheur n’arrive pas qu’aux autres. Ce que vous faites à la fille ou à la femme d’autrui, votre fille ou votre petite-fille pourrait en subir les conséquences, d’une manière ou d’une autre. L’homme est un être de raison et la morale dit : Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse. Cette pratique des femmes déplacées internes doit être prise au sérieux. Il faut interrompre ce phénomène qui ne fait que commencer. Le corps de la femme est bien sacré pour être vendu parce qu’elle se trouve dans les vallées de la misère et du désespoir. C’est pourquoi l’idéal serait de travailler à ce que ces femmes déplacées internes retrouvent leurs villages, leurs localités pour conserver leur dignité en exerçant leurs occupations rurales. Il faut arrêter cet autre fléau à temps.

Adama Amadé SIGUIRE

Ecrivain Professionnel/ Consultant en relations humaines

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