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Maïmouna OUEDRAOGO, seule femme députée de l’Opposition : « Les femmes ne sont pas suffisamment solidaires… »

Elue de la province de l’Oubritenga sous la bannière du Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP), Maïmouna OUEDRAOGO est la seule femme députée de l’Opposition politique burkinabè. Elle a accordé un entretien à ACTUALITE.BF le 06 mars dernier. Entre autres sujets abordés, la commémoration de la Journée internationale de la femme, la réconciliation nationale et l’actualité politique au Sénégal.

ACTUALITE.BF : Honorable, le thème national du 8 Mars de cette année est « Inclusion financière par le numérique pour un développement économique de la femme : Défis et perspectives». Quel commentaire portez-vous sur ce thème?

Maïmouna OUEDRAOGO : C’est vraiment un thème d’actualité très évocateur, parce que nous sommes à l’ère du numérique, et il faut que les femmes ne soient pas en marge de la révolution numérique. C’est un thème qui va inciter les femmes à mener des réflexions sur comment s’intéresser au numérique, surtout pour leur développement économique. Aujourd’hui, la plupart des gens ont des téléphones portables avec lesquels ils font des achats, des ventes, et ouvrent même des comptes d’épargne. C’est un progrès qui sera vraiment profitable aux femmes. Le système classique de la banque est difficilement accessible pour les femmes. Parce qu’il faut présenter des garanties pour avoir des crédits. Certaines femmes n’ont même pas de pièces pour ouvrir des comptes. Ces réalités constituent des obstacles pour l’accès aux crédits par les femmes. Je me dis donc qu’avec cette réflexion, le ministère de la promotion de la femme pourra nous faire ressortir des recommandations issues de cette journée historique.

ACTUALITE.BF : Vous, en tant que femme leader, quelles sont les difficultés que vous rencontrez, et les défis qui se présentent à vous?

Maïmouna OUEDRAOGO : Le milieu politique n’est pas simple pour les hommes, à plus forte raison, pour les femmes. Mais, il faut avoir confiance en soi, et se fixer un objectif dans la vie. Comme difficultés majeures auxquelles je suis confrontée, je note les limitations d’ordre économique. Quoiqu’on dise, on ne peut pas faire la politique sans ressource. Et vous savez que les femmes manquent de ressources financières. Les hommes, eux, n’entendent pas laisser la place facilement aux femmes. Il faut se battre pour mériter sa place. Les pesanteurs socio-culturelles sont aussi un handicap. On entend souvent dire qu’il ne faut pas responsabiliser la femme, parce que sa place est au foyer. Il faut surmonter toutes ces difficultés. Les femmes ne sont pas suffisamment solidaires, et les hommes en profitent pour les diviser. L’analphabétisme est aussi un problème, de même que le manque de confiance en soi. Il y a des gens qui n’acceptent pas les critiques. Or, quand on entre en politique, on n’a plus de vie privée. Il faut accepter surmonter certaines difficultés pour pouvoir atteindre ses objectifs. Moi, j’ai été placée tête de liste deux fois. Je profite remercier mon parti, le CDP, et la population de l’Oubritenga. Les responsables des partis politiques doivent avoir confiance aux femmes et bien les positionner sur les listes électorales. Aujourd’hui, moi je suis la seule femme députée de l’Opposition politique burkinabè. C’est vraiment déplorable. Au niveau du CDP, présentement, je suis la seule femme élue députée. Pour un grand parti, ce n’est pas suffisant.  Un pays ne peut pas se développer en laissant plus de la moitié de sa population de côté. Les femmes représentent plus de 52% de la population.

ACTUALITE.BF : Le 5 mars dernier, le président du CDP a pris officiellement fonction en tant que chef de file de l’opposition. Quelle appréciation faites-vous de cette nouvelle donne?

Maïmouna OUEDRAOGO : Le CDP est devenu chef de file de l’opposition à l’issu des élections du 22 Novembre 2020, parce que nous avons eu 20 députés à l’Assemblée nationale, ce qui est à saluer. On aurait voulu avoir le pouvoir, puisque la finalité d’un parti politique, c’est la conquête et l’exercice du pouvoir. Mais on rend grâce à Dieu. En toute chose, il faut rendre grâce à Dieu.

Il y a aussi une évolution notable de la question de la réconciliation nationale. Quelle lecture en faites-vous?

La réconciliation nationale est un facteur très important pour notre pays. Je profite de votre microphone pour remercier le président du Faso qui a eu l’initiative de créer tout un ministère d’Etat chargé de la réconciliation nationale et de la cohésion sociale. Cela traduit son intérêt pour la réconciliation des filles et fils du Burkina Faso. Parce que, c’est ensemble que nous allons développer notre pays. Un pays ne peut pas se développer dans la division. Il faut que les gens s’unissent ; il faut que les gens s’asseyent ; il faut que les gens se parlent ; il faut que les gens se pardonnent pour qu’ensemble, nous puissions développer notre pays.

ACTUALITE.BF : Et quelles sont vos attentes concernant le retour de l’ancien président Blaise Compaoré ?

Maïmouna OUEDRAOGO : La réconciliation nationale, c’est pour toutes les filles et tous les fils du Burkina Faso, y compris le président Blaise COMPAORE. Avec les démarches que le ministre Zéphirin DIABRE est en train d’entreprendre, je suis sûr qu’il va aboutir à un résultat satisfaisant, permettant une réconciliation totale ce tous les Burkinabè, et facilitant le retour du président COMPAORE.

A.BF : Quelle lecture faites-vous de l’actualité politique au Sénégal, marquée par la crise née de l’affaire « SONKO » ?

Maïmouna OUEDRAOGO : L’affaire SONKO au Sénégal, c’est un cas très déplorable. Quand nous voyons les troubles qui se passent dans ce pays, nous qui avons déjà vécu l’expérience, estimons que ça n’arrange pas un pays. Si la situation peut se regler rapidement, c’est mieux qu’il en soit ainsi. Car ces troubles mettent un pays en retard.

ACTUALITE.BF : Concrètement, qu’est-ce que vous avez prévu pour ce 08 Mars en tant que femme politique ?

Maïmouna OUEDRAOGO : Pour le 08 Mars, nous avons prévu d’accompagner le ministère de la femme dans ses activités. La ministre a invité toutes les femmes députés à l’accompagner dans les activités qu’elle organise à l’occasion de ce 08 Mars. Quoiqu’on dise, au regard de la situation politique et sécuritaire du Burkina, l’aspect festif est à revoir. Il faut qu’on repense le 08 Mars, par ce qu’on ne peut pas fêter pendant que des concitoyens sont dans des difficultés. Le 08 Mars, c’est pour améliorer les conditions de vie des femmes. Alors, je lance un appel à tous ceux qui peuvent aider les femmes en difficulté à le faire, car c’est dans la solidarité que nous allons développer notre pays.

Interview réalisée par Souleymane ZOETGNANDE

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