Burkina Faso : jeune démocratie cherche solides contrepouvoirs

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Assemblée nationale, le 28 décembre 2020. L’atmosphère est joyeuse. On se congratule entre députés sans accolades, Covid oblige. Les taquineries et les éclats de rires fusent. Peu de temps après démarrent les choses sérieuses, le vote du Président de l’Assemblée. Un seul candidat est présenté pour occuper le perchoir. Sans concurrent et sans réserve du « camp adverse », il est largement plébiscité. Ces faits sont les signes avant-coureurs d’une opposition effacée. Et cela vient s’ajouter au déclin de la société civile, à l’impasse dans les luttes syndicales, et à l’affaiblissement du quatrième pouvoir.

Le Mali sous Amadou Toumani TOURE l’avait pourtant expérimenté, le consensus autour du pouvoir. Et le revers fut cinglant un certain mars 2012.

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Au Burkina, après l’Insurrection populaire, la société civile agissante qui avait joué un rôle majeur dans la chute du pouvoir COMPAORE, s’est compromise diversement. Si ce n’est son mutisme face aux sujets de l’heure qui lui est reproché, ce sont ses relations incestueuses avec la galaxie politique ou les scandales qui l’éclaboussent qui lui font perdre son lustre d’antan.

Les syndicats, eux, semblent être esquintés par, non seulement un quinquennat de luttes qui ne sont pas comprises par une partie des citoyens, mais aussi par une campagne de « décrédibilisation » qui semble avoir pris. A la faveur de la commémoration du 55e anniversaire du Soulèvement populaire, l’Unité d’action syndicale l’a bien reconnu : l’image du mouvement syndical est ternie par le pouvoir, jusque dans les confins du pays.

Les syndicats, plus grand contrepouvoir dans l’histoire du Burkina, se retrouvent donc à devoir réorienter leurs actions, sous peine d’être de plus en plus incompris, voir combattus par l’opinion.

La presse, elle, marche à pas de sioux sur les chantiers rénovés de la liberté d’expression. Des réformes en lien avec la situation sécuritaire restreignent ses marges de manœuvre. Pendant ce temps, des menaces contre les journalistes deviennent récurrentes. Pourtant, aussi curieux que cela puisse paraitre, ces faits n’émeuvent pas grand monde. Il y a un début d’explication : le journalisme est fort de son opinion publique. Et si cette opinion se résigne, elle rend du même coup les journalistes vulnérables et aphones.

Opposants, OSC, syndicalistes et journalistes ont mille raisons de baisser les bras face à une opinion publique dont l’attitude frise l’indifférence. Mais ce serait une grave erreur.

Le type de démocratie consensuelle sans contrepouvoir n’arrange ni le régime en place, ni les entités qui soutiennent cette démarche. Car, ce consensus de façade crée le terreau fertile à des oppositions internes et à l’imposition. Il ouvre surtout une voie royale à tous les apôtres du « balayage générationnel » pour qui toute la classe politique aux affaires depuis les années 1980 doit être remerciée. Et de quelle manière ? De la même que celle utilisée justement dans ces années 1980.

Les contrepouvoirs empêchent les excès de pouvoir, alertent des dangers, recueillent et amortissement les colères légitimes de citoyens qui se reconnaissent en eux. En leur absence ou lorsqu’ils s’affaiblissent, d’autres contrepouvoirs non-républicains et moins pacifiques se  mettent en place. La nature, dit-on, a horreur du vide.

Notre jeune démocratie a, certes, besoin impérativement de réconciliation nationale et d’unité nationale face aux enjeux existentiels du pays. Mais il a aussi besoin de solides contrepouvoirs pour aller plus loin et de la meilleure façon. C’est dans la contradiction que naît la lumière.

La Rédaction