Masbé NDENGAR : « DEBY fils fait pire que son père en moins de dix jours de gestion du pouvoir »

Masbé NDENGAR est un activiste et blogueur tchadien vivant au Burkina Faso. Il est l’un des porte-parole du « Collectif de Tchadiens Indignés » résidant au Burkina Faso. A travers cette interview qu’il a accordée à ACTUALITE.BF ce 28 avril 2021, NDENGAR analyse la crise politique dans son pays, les luttes que des mouvements ont engagées contre la junte au pouvoir, et parle des perspectives de démocratie pour le Tchad.

ACTUALITE.BF : Quelle est votre analyse sur la situation politique dans votre pays, le Tchad ?

Masbé NDENGAR (M. N.) : La situation politique au Tchad est chaotique, avec un regain de violence infligée par cette légion de généraux sans vision ni mission, encore moins d’objectifs, que constitue la junte. Un DEBY remplace un autre avec la même méthode : la répression sanglante. Le peuple a rejeté catégoriquement cette junte, un groupe de putschistes, assoiffé de pouvoir.
Mahamat Idriss DEBY remplace son père : c’est la pire des choses qui puisse arriver à la Nation tchadienne, dans la mesure où ce dernier a été aux côtés de son père durant son long règne, et que c’est lui qui détenait la force de répression qui est la garde prétorienne, puisqu’il en était le commandant. Quel avenir peut-on envisager avec un tel personnage ?
Je crains pour l’avenir de mon pays. Si cette légion de généraux, dont certains sont analphabètes, demeure à la tête du Tchad, il serait inutile de parler d’un quelconque espoir (…).


ACTUALITE.BF : Après les différentes réactions internationales, et le développement de la situation ces derniers jours, la junte n’a t-elle pas le pouvoir de s’éterniser au pouvoir ?


M.N. : La junte a une volonté manifeste de s’éterniser au pouvoir. On ne fait pas un coup d’État pour gérer une simple transition de 18 mois.

Quand DEBY père est arrivé au pouvoir à 38 ans, il avait tenu la même promesse, celle de remettre le pouvoir 18 mois après. Mais il y est resté pendant 31 ans. Son fils, qui est arrivé au pouvoir pratiquement au même âge (37 ans), tient la même promesse. Tel père, tel fils. Le scénario risque bien fort de se répéter. Il faut le stopper dès maintenant.
Et le peuple va s’y opposer. Ils nous tueront, certes, mais ils ne pourront jamais nous exterminer. Ils ont les armes, et nous, l’amour de la patrie.


ACTUALITE.BF : Justement! Est-ce que les opposants à la junte disposent de moyens autres que la manifestation ?


L’opposition démocratique ne peut qu’utiliser les moyens légaux que lui confèrent les textes. Les manifestations sont un droit constitutionnel, et c’est efficace. Le 27 avril 2021, des milliers des gens sont descendus dans les rues à N’Djamena, à Moundou, à Doba, etc. C’est ce qui a obligé la junte a prononcer un discours. MACRON a également fait un rétropédalage.
Les syndicats ont cessé le travail et ce, jusqu’à nouvel ordre. La société civile est vent débout. Les religieux ont investi les rues. L’opposition mobilise. La diaspora est plus que jamais active.
Nous préparons d’ailleurs une manifestation pacifique à l’Ambassade du Tchad au Burkina Faso le vendredi 30 avril 2021, deuxième du genre.

ACTUALITE.BF : Selon vous, quelle serait donc la forme de transition idéale pour le pays ?

Il n’y a pas deux sortes de transitions. Il en existe une seule : le retour à l’ordre constitutionnel. Si le président de l’Assemblée nationale, Haroun KABADI, se dit être dans l’impossibilité d’assurer la transition, il a jusqu’à quatre vice-présidents qui sont capables de jouer valablement ce rôle. On organise des élections libres et transparentes à l’issue de la transition, et le Tchad sera ainsi remis sur les rails. Au cas contraire, il faut craindre le pire.
Il est encore temps de se ressaisir pour éviter l’irréparable. Déjà qu’on compte neuf morts, rien que pour la journée du 27 mars 2021! D’autres morts sont comptés en cette matinée du 28 avril 2021.


ACTUALITE.BF : Au regard des menaces de la rébellion du FACT, un civil au pouvoir ne va-t-il pas créer un scénario à la libyenne au Tchad ?

Tout le monde est pour le dialogue, y compris les rebelles (FACT). Mais la junte a refusé tout dialogue. Il a fallu que la rue s’embrase pour que Mahamat Idriss DEBY, dans son discours, évoque la question du dialogue inclusif.
Autrement dit, on pouvait s’en sortir, sinon mieux, si un civil prenait le pouvoir. On ferait l’économie de tous ces morts. C’est d’ailleurs la revendication du peuple. Ce peuple refuse tout simplement la monarchisation du pouvoir. Le Tchad n’est pas un royaume.


ACTUALITE.BF : Dernière question. Il y a des exilés tchadiens de l’époque de Hissène HABRE à Idriss DEBY. Pensez-vous que le moment est venu pour eux de rentrer au pays ?

D’abord, est-ce que la situation a changé ? Absolument pas! Bien au contraire! Le régime a fait une dizaine de mort en un seul jour, lors des manifestations du 27 avril. DEBY fils fait pire que son père en moins de dix jours de gestion du pouvoir.

Interview réalisée par Nabi BAYALA

ACTUALITE.BF