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[Tribune] “Nous avons une ALT qui n’a absolument pas compris sa mission première…” (Arouna Louré)

Ceci est une tribune de Dr Arouna Louré sur le bilan des 06 mois du MPSR au pouvoir

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BIENTÔT LES CINQ MOIS, MAIS PLUS DE SIX MOIS

Il n’est pas besoin de rappeler que le 24 janvier 2022, suite à une mutinerie d’une partie de l’armée nationale, des officiers de l’armée avec à leur tête le lieutenant-colonel Paul Henri Sandaogo DAMIBA ont pris le pouvoir d’État sous la bannière du Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration, en abrégé le MPSR. Ainsi, 60 ans après notre indépendance, des militaires venaient d’évincer le seul président de notre histoire politique arrivé au pouvoir par les urnes (même si cela fût grâce à la corruption et à une orientation ethnique du jeu démocratique), mais dont la gouvernance fut basée sur le vol, la corruption, la concussion, le népotisme et l’apologie de la médiocrité. L’avènement du MPSR s’est passé avec l’applaudissement ou les condamnations de principe de l’essentiel des citoyens, tant le régime déchu nous avait montré son incompétence ; mais surtout à cause du rêve de voir arriver, tel un messie, un leader charismatique et inspirant à la tête de l’Etat.

Cependant six mois après l’arrivée des nouvelles autorités militaires à la tête de notre pays, que pouvons nous retenir ?

Quoiqu’il ait une augmentation des recettes propres de l’Etat (un excédent au premier semestre malgré les différentes crises nationales et internationales) et des tentatives de réformes de nos forces de défense et de sécurité ainsi que de nos VDP pour mieux faire face au terrorisme, la situation sécuritaire et la crise humanitaire se sont empirées. Cela dit, il fallait tout de même s’y attendre durant les premiers mois sans que cela ne puisse persister autant, si la pleine mesure de la situation avait été prise initialement.

Cependant, même si la situation sécuritaire est toujours très préoccupante, je reste encore optimiste vis-à-vis de résultats probants sur la gestion de la crise sécuritaire. Mais je reste très pessimiste quant à la question de la gouvernance politique de la nation. En effet, le constat socio-politique est que le Faso manque criardement à sa tête d’un leadership politique inspirant. L’exécutif, devenu un faire-valoir du régime, navigue à vue. Chaque ministre travaillant de son côté, et au grès de l’autorité, sans trop savoir où va la locomotive gouvernementale dans son ensemble. La gabegie, les missions, commissions et comités continuent de proliférer sans restriction dans les ministères, notamment celui de la santé. Le ministre de la fonction publique pense être un représentant syndical au sien du gouvernement et décapite la fonction publique par crainte d’être critiqué par les agents. Des nominations hasardeuses qui ne font point la promotion de la compétence mais celle du « tu es militaire ou tu connais quel militaire » sont devenues la règle. L’impunité continue son chemin comme si de rien n’était ; ce qui permet à certains délinquants en col blanc de se pavaner au vu et au su de tous. La question de la réconciliation est utilisée comme un subterfuge soit pour cacher le manque de résultats sur le front sécuritaire soit pour répondre aux besoins d’un maître tapis dans l’ombre. Le colon continue de nous narguer comme si notre pays n’est pas la terre de Thomas Sankara ; ce qui m’oblige à apporter mon soutien indéfectible notamment à ceux qui sortent manifester ce 12 août pour dire non à l’irrespect de l’ambassadeur de France au Burkina Faso, M. Luc Hallade, et à tous ceux qui luttent contre l’impérialisme, sa mesquinerie, son ingérence politique et son impénitence vis-à-vis de nos gouvernants.

Ainsi dans l’exécutif, en passant par le ministère de la santé où le ministre de la santé n’existe tout simplement pas, tout comme le ministre de la communication et bon nombre d’autres ministres d’ailleurs, au ministre de la fonction publique populiste et qui déconstruit les fondements même de la fonction publique en faisant de la fainéantise et du laxisme des valeurs, sans oublier le manque de leadership du premier ministre, l’exécutif est aujourd’hui une vaste salle de théâtre où chaque ministre psalmodie dans un brouhaha de proses.

Par ailleurs, nous avons une assemblée législative de transition qui n’a absolument pas compris sa mission première dans le contexte actuel. Au lieu de jouer au brigand ou de faire une visite guidée du monde, elle se devait d’être au plus prêt des populations, comprendre leurs préoccupations et leur envie de changement ; être le lien entre leur ressentiment profond et l’exécutif par des canaux pas forcément administratifs et rigides, mais par une inter-complémentarité institutionnelle. Elle se devait de sortir des schémas néo-bourgeois de la gestion de l’assemblée, et se retrousser les manches au plus près des populations.

Ainsi donc, le manque de leadership inspirant à la présidence, la cacophonie dans l’exécutif, la morosité de l’ALT, et les nominations par népotisme, associés à une volonté manifeste de restreindre les libertés chèrement acquises ont donné l’occasion à des opportunistes de faire des coalitions incestueuses pour donner de la voix. Cela dit, si tout ce tintamarre persiste jusqu’en fin d’année, il ne serait pas étonnant de voir la fronde sociale se réorganiser et aller au delà de la peur de la faillite de l’état, pour mettre fin à cette impasse historique. Car parfois, il faut accepter le chaos pour espérer faire naître la vie dans sa plénitude.

Le Burkina Faso a besoin aujourd’hui de leaders politiques qui osent sortir des sentiers battus pour réinventer l’avenir. Des leaders qui essayent autres choses, qui font des erreurs mais qui les assument et qui les corrigent ; qui tombent, mais qui se relèvent pour dire au peuple la prochaine fois nous ne tomberons pas de la même manière ; mais surtout qui donnent la certitude de la victoire au peuple. Nous avons besoin d’un leadership politique inspirant qui prend des décisions courageuses qui impacteront cette génération de Burkinabè mais surtout les générations futures. Évidemment que cela ne peut être facile, mais c’est au prix de l’effort et du sacrifice que nous aurons des résultats concrets et pérennes.

J’ose encore croire que le Président du Faso a toujours la possibilité de redresser la barre. Il peut encore fédérer autour de lui, avec pour critère principal la quête de l’excellence et de la compétence. Car il ne s’agit pas que de finir la transition ; il ne s’agit même pas que de gagner seul et incompris ; mais il s’agit de gagner avec une intelligence collective et patriotique assez substantielle afin de pérenniser les acquis.

PS : NOUS POUVONS FAIRE NETTEMENT MIEUX AVEC CE QUE NOUS AVONS !

Dr Arouna LOURÉ
Député ALT
Allah est toujours avec les justes

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