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[Tribune] Mort d’un étudiant au RU de Koudougou : un drame de trop!

Ceci est une tribune libre d’Innocent Mikomba, journaliste, sur la mort de l’étudiant Tenipaguiba Tankoano suite à des bousculades au Restaurant Universitaire (RU) de Koudougou.

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Le 17 mai 2022, la nouvelle est tombée comme un couperet : un étudiant est mort suite à une bousculade dans le rang qu’il faisait pour se procurer sa pitance quotidienne au restaurant universitaire de Koudougou.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette situation est très regrettable.

Tenipaguiba Tankoano, étudiant de la promotion 2019 en Mathématiques, car c’est de lui qu’il s’agit, a définitivement rangé ses équerres et ses règles.

Ce drame vient en rajouter aux autres cas malheureux qui suscitent l’indignation et la colère populaire dans la cité du cavalier rouge. En effet, le souvenir est encore frais dans les esprits qu’il y a seulement quelques mois, dans la même ville, la mort d’étudiants suite à l’écroulement d’un bâtiment en construction, avait fait couler beaucoup d’encre et de salive, mettant ainsi à nu le cynisme et la mal gouvernance dans le système universitaire et ce, à tous les niveaux.

Un système d’informatisation de la gestion des restaurants universitaires mis sciemment en cause

Si le premier cas révélait à souhait la mal gouvernance en fond de toile l’appât du gain facile dans la passation des marchés publics, le second drame, relatif à la mort de l’étudiant dans des circonstances de bousculades, dévoile également les maux qui plombent la mise en oeuvre de la modernisation du système de restauration universitaire.

Ainsi, de mémoire de Burkinabè, le système d’informatisation s’est avéré être une solution fiable pour juguler les difficultés qui émaillent la restauration universitaire. Que s’est-il donc passé pour que ce système, qui avait réduit considérablement les files d’étudiants devant les restaurants, ait été interrompu et qu’on en arrive à des drames pareils?
Soyons responsables et honnêtes : ce drame aurait pu être évité.

Depuis 2014, un diagnostic du système de restauration universitaire a relevé, entre autres, l’endettement de l’Etat, les mauvaises pratiques dont les surfacturations, les longs rangs qui témoignent la lourdeur de la gestion classique de la restauration universitaire, l’achat des tickets par des non-étudiants, alors que la subvention apportée par l’État devrait bénéficier uniquement aux étudiants, l’insuffisance des plats au profit des étudiants, le manque de transparence dans la gestion des restaurants universitaires.

Par conséquent, la solution de l’informatisation s’est presentée comme l’alternative pour endiguer tous ces maux qui minent le système de restauration universitaire.

Ainsi, il y a eu la passation d’un marché public, afin de permettre à la structure retenue d’expérimenter le système d’informatisation, qui avait fait ses preuves lors de la phase pilote reussie au restaurant universitaire de Fada N’Gourma.
La mise en œuvre effective de l’informatisation a réussi à assainir le système de la gestion des restaurants universitaires, à la grande joie des autorités du département.

Malheureusement, ce système, qui est venu mettre fin à des pratiques peu orthodoxes dans le milieu, a suscité l’opposition d’individus (des associations d’étudiants ont été instrumentalisées) qui estimaient que la transparence que devrait insuffler l’implémentation du système n’était pas opportune.

Évidement, le système empêchait désormais de satisfaire l’avidité et la cupidité qui sont les vices de ces individus.

Avec le système d’informatisation des restaurants universitaires, les longs rangs avec leurs corollaires de bousculades devant les restaurants universitaires etaient relégués aux calendes grecques.

Que s’est-il réellement passé pour que la modernisation du système de restauration universitaire, qui avait suscité des espoirs, soit interrompu en si bon chemin?

On pourrait dire, sans risque de se tromper, que l’insouciance et certaines pratiques néfastes et hostiles à une gouvernance vertueuse, comme l’appât du gain facile, la boulimie de l’argent et l’affairisme, n’ont pas permis de donner longue vie à ce système qui, pourtant, présentait plusieurs avantages certains. En témoigne, l’économie à hauteur de milliards de FCFA au profit de l’Etat. En outre, les rangs interminables n’etaient plus une préoccupation à même de créer des drames comme celui qui a été malheureusement enregistré.

A ce propos, l’Association nationale des Etudiants du Burkina (ANEB) demande l’ouverture d’une enquête judiciaire pour élucider les circonstances de la mort de l’étudiant Tankoano.

En sus de cet appel de l’ANEB, il y a lieu que les nouvelles autorités fassent un diagnostic profond des problèmes des restaurants universitaires au Burkina, afin de mettre définitivement un terme aux maux qui foisonnent dans ce secteur devenu une véritable caverne d’Ali Baba pour certains.

N’oublions pas que tout résultat d’enquête cherchera à répondre à la question de comment la bousculade s’est opérée, mais ne répondra pas à pourquoi il y a eu la bousculade.


Il ne s’agit pas objectivement d’un problème conjoncturel, mais d’un problème structurel qui, s’il n’est pas résolu, conduira à d’autres catastrophes similaires.

Après la rupture du contrat avec la première entreprise, Cactus Technology SA, il existe toujours le système d’ informatisation avec Orange et Campus Faso qui connaissent, malheureusement chaque jour, des difficultés qui conduisent à du “Manger Gratuit” ( MG ) selon le jargon propre au milieu universitaire. C’est à dire que des étudiants mangent gratuitement un repas, mais la facture salée doit être payée par l’Etat qui n’encaisse absolument rien.


Pensez-vous que cela est normal dans un pays pauvre très endetté qui peine à faire face à ses engagements sans l’accompagnement des partenaires financiers?

La question qu’on pourrait se poser, c’est pourquoi mettre fin à une solution qui marche très bien au profit d’autres solutions qui ne marchent pas.

L’Administration à vite réagi en demandant à la gérante du restaurant universitaire de Koudougou de faire fixer des grilles de passage pour réduire les risques de bousculades à l’entrée dudit restaurant. Mais soyons réalistes et honnêtes : la chaîne gastronomique GEGA n’a rien à voir dans cette affaire, car la cause réelle est à voir ailleurs.

Une analyse scientifique rigoureuse n’aurait pas systématiquement émis l’hypothèse du lien entre informatisation et bousculades. Seulement, on pourrait croire, en se basant sur ce qui a été dit lors de passage du Directeur général du CENOU, du Directeur général de Cactus Technology SA et des groupes d’étudiants sur la chaîne 3 TV, que tous ont reconnu des grandes avancées avec l’informatisation qui a conduit à des éconmies incroyables, car Ie diagnostic à permis de mettre soigner certaines plaies que sont les surfacturations, les mauvaises pratiques, le manque de rigueur dans le contrôle, le manque de transparence dans la gestion des restaurants universitaires, les longues files d’attente et les bousculades.

Il n’y a pas des chiffres réels à portée de mains attestant des gains de l’informatisation, mais on peut affirmer sans le risque de se tromper que le CENOU, qui était endetté à coup de milliards de francs CFA à la nomination du Professeur Serges BAYALA (aujourd’hui DG du CESAG à DAKAR), a réussi, non seulement l’exploit de nourrir le maximum ďétudiants, mais aussi et surtout, d’éponger lesdites dettes grâce à la mise en œuvre de l’informatisation.

Pour cela, les nouvelles autorités de la Transition pourraient commanditer des investigations en vue de mieux cerner les raisons de l’interruption brusque de la première solution d’informatisation des restaurants universitaires qui fonctionnait très bien avec des retombées positives pour l’ensemble du système.


Ainsi, c’est peu de dire que certains détracteurs de ce système innovant devraient avoir sur leur conscience, la mort de l’étudiant Tankoano. Il est donc temps de sonner l’alarme, afin d’éviter de jetter l’huile dans le milieu universitaire déjà en feu (problème de FONER, de bourses, de logements).

A bon entendeur, salut!

Innocent Mikomba

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