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[ Tribune ] Crise du système éducatif : nous sommes tous coupables

Ceci est une tribune libre de l’écrivain professionnel Adama SIGUIRE, sur la crise du système éducatif.

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Cela fait quelques jours que des gens m’écrivent pour me demander de dire ce que je pense des grèves qui paralysent les établissements scolaires. Et pourtant, souvent, on a besoin de se taire, de faire autre chose, car il ne sert à rien de monter sur un éléphant. La mort de l’école burkinabè est programmée dans dix ans. Je l’ai toujours dit. Les ministres du gouvernement burkinabè de 2030 seront incapables de formuler une phrase grammaticale et de rédiger un texte administratif de 5 lignes sans fautes. Cela aussi veut dire qu’ils seront incapables de penser, car ils seront pratiquement des hommes et des femmes incultes qui n’ont que la licence, le master ou le doctorat. Déjà, les correspondances administratives sont pleines de fautes et le niveau de pensée de ceux qui nous gouvernent ne peut pas avoir une note de 5/10. Mais, la médiocrité est devant. Le seuil n’est pas encore atteint. Quand j’étais élève au lycée Yadega, n’importe quel Professeur n’enseignait pas dans les classes de terminale. Il fallait être sûr de ses connaissances pour donner cours en terminale A. Aujourd’hui, une classe de terminale est un rassemblement de jeunes gens qui ne peuvent pas conjuguer les verbes du premier groupe au présent. Je disais la dernière fois à mes élèves que j’aime l’enseignement parce qu’il me permet d’apprendre toujours, mais je constate aujourd’hui que l’enseignement rend paresseux .

Que dire sur les grèves perlées des élèves.? C’est normal et logique. Quand un système éducatif est abandonné par toutes les composantes sociales, chacun fait ce qu’il veut. Aujourd’hui, dans les lycées et collèges, tout le monde règne. Chacun fait ce qui lui plaît. On s’en fout. L’Etat est le plus irresponsable. C’est lui qui a vendu l’école aux marchands de soupe. Le ministre OUARO, ce diplômé qui vit dans les nuages est dans le dilatoire. Pour lui, on gouverne avec des diplômes. Trop fier de sa réussite sociale, cet homme gère les problèmes d’éducation comme des problèmes de famille. De l’avenir des futures générations, ce théoricien s’en moque comme de l’an quarante. Il se bat pour des reformettes, pour des futilités, pour des changements qui n’auront aucun impact sur la qualité de l’éducation. J’ai peur des gens qui ont eu tous les diplômes de notre école très tôt. C’est la preuve qu’ils n’ont pas eu le temps pour apprendre quelque chose de bon dans la vie et qu’ils ne sauraient être intelligents.

Viennent ensuite les parents, pour mieux dire, les fabricants d’enfants, car ils sont nombreux ces parents qui se moquent de l’avenir de leurs enfants. Ce sont leurs enfants qui attaquent les policiers depuis quelques jours tout en étant incapables de dire pourquoi ils grèvent. En discutant avec mon directeur hier matin, il m’a dit:” SIGUIRE, un parent d’élève est venu faire une bagarre un matin ici au lycée. Je l’ai appelé dans mon bureau pour lui parler. Il a baissé la tête et m,a dit: mon Directeur, nous- mêmes les parents, nous avons besoin d’éducation. Nous ne sommes pas éduqués. Est-ce que vous n’allez pas faire quelque chose pour nous” Et nous avons éclaté de rire. Voilà un Burkinabè honnête. Plusieurs parents ont enfreint les règles sociales en faisant des enfants et si l’Etat était sérieux, il allait voter une loi pour retirer de nombreux enfants à leurs parents. ” Quiconque n’a pas le droit de devenir père” disait ROUSSEAU.

Viennent maintenant mes collègues. Quelle génération d’enseignants? Je revois encore l’amour que mon maître du CE2 avait pour nous. Je pense aux sacrifices de mon Professeur Pamoussa COMPAORE: les cours de rattrapage, l’achat des romans, l’initiation à la lecture. Il était, non pas un professeur, mais un PROFESSEUR. Aujourd’hui, de nombreux enseignants sont pires que les politiciens, car les politiciens ont décidé de faire de la politique, mais des enseignants ont opté pour le social et dans ce social, ils disent que tout doit être monnayé, il faut tout venaliser. Le Censeur qui demande des cours de rattrapage, des examens blancs, sera pendu au milieu du lycée. Ce ne sont plus des centres d’éducation. Nos lycées et collèges sont devenus des jungles. La terreur règne. Directeurs, proviseurs, censeurs et autres professeurs consciencieux se cherchent devant des hommes et des femmes qui ont opté pour une seule et unique valeur: l’argent.

Et je disais hier à mon directeur: j’attends encore que quelqu’un me démontre par a + b que seul l’argent fait le bonheur, que seuls ceux qui ont des millions sont heureux. Un ami m’a dit un jour: le bonheur consiste à rendre service, même à ses ennemis. En posant la question que dois-je faire? KANT répond en disant que l’homme doit faire le bien par devoir et non pas par intérêt. Et il voit ici se lever l’espoir du bonheur.

Et ces élèves qui grèvent sont bien à l’image de leurs enseignants. Ils sont des intouchable, des hors la loi, des partisans du moindre effort. Je ne vais jamais soutenir cette génération dans ses bêtises, ces élèves dans leur volonté de réussir par la courte échelle. Il y a des enseignants, parce qu’ils ont une dent contre l’Etat qui font des élèves des Saints, des jeunes gens conscients et responsables. C’est de la mauvaise foi et je le dis. Nos élèves de terminale aujourd’hui ne savent pas ce qu’ils veulent dans la vie. Quelle violence, quelle indiscipline, ne manifestent-ils pas dans les classes?

Ceux qui passent leur temps à attaquer les policiers ne sont que les élèves fantômes. Ils partaient à la Mecque et voilà qu’ils rencontrent le Bon Dieu à Karpala. Ces jeunes ne grèvent pas contre les réformes. Ce sont des indisciplinés, des paresseux, des fainéants qui ne veulent pas faire l’école. Et les grèves sont pour eux l’occasion de vagabondage , mais aussi pour tester les actes de leur future délinquance. C’est tout.

Je conclus donc en disant que nous sommes tous fautifs: État, parents, enseignants et élèves. Nos enseignants se battaient pour notre réussite. Les enseignants d,aujourd’hui se battent pour leur propre réussite. Ils sont nombreux les enseignants exemplaires. Je peux citer des noms. Certains sont très jeunes. Mais j’avoue que la majorité des enseignants fait de l’éducation un business, pour vu qu’ils gagnent l’argent de la bière, de l’essence et des ….., j’ai oublié. Le reste relève du cadet de leur souci. Ils sont combien qui donnent régulièrement et normalement leurs cours et rendent compte à leurs directeurs?

J’ai fini.

Adama SIGUIRE,

Ecrivain professionnel

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