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Réconciliation : l’Appel de Manéga en discute avec les étudiants de la cité de la Patte d’Oie

L’Appel de Manéga, en collaboration avec le bureau des étudiants de la cité universitaire de la Patte d’Oie, a organisé un café-débat le samedi 04 juin dernier, au sein de ladite cité. «La réconciliation comme solution aux échecs de la gouvernance politique : cas de la crise de société, de la cassure sociale et du misérabilisme de la jeunesse », c’est le thème qui a servi de fil conducteur aux échanges.

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Le panel a réuni quatre communicateurs : Aziz Dabo, vice-président de la Nouvelle Alliance du Faso (NAFA) ; Yéli Monique Kam, présidente du Mouvement pour le Renaissance du Burkina Faso (MRB) ; Dr Ignace Sangaré, enseignant-chercheur à l’université Joseph Ki-Zerbo ; et Tahirou Barry, président du Mouvement pour le Changement et la Renaissance (MCR). Ils ont eu la lourde tâche de disséquer les différents aspects du thème.

L’assistance devant le présidium

Lookmann Sawadogo, Secrétaire général de l’Appel de Manéga, était le modérateur du débat, qui a tenu en haleine les étudiants.

« On a voulu passer à une vitesse supérieure, qui est de dire que la réconciliation est une solution aux échecs de la gouvernance. Pourquoi on dit échec ? Pourquoi on dit solution ?», s’est interrogé le modérateur, avant d’apporter des réponses. Et d’ajouter : « On dit échec parce qu’au Burkina, il y a des échecs au niveau politique… Sur le plan de la justice, aujourd’hui, on peut dire que c’est un échec, parce que nous sommes dans une situation où on a près de 5000 dossiers en justice, qui doivent être évacués. C’est un poids dans notre vie nationale. Et cette justice qui est en panne provoque cette impunité développée depuis des années au Burkina. Sur le plan social, il se pose des questions d’ethnies, de religions, de communautés, avec le terrorisme. Mais tout ça révèle d’un sentiment d’échec de la construction de notre État-nation ».

Lookmann Sawadogo

Pour remédier à cet “échec cuisant”, Monsieur Sawadogo a prescrit la réconciliation comme remède. « Ailleurs, quand on fait une analyse comparée, un pays comme le Rwanda ou l’Afrique du Sud, à un moment donné, ont pratiquement eu les mêmes problèmes que notre pays, à une différence près. Car il y a eu des génocides, des guerres [civiles] par exemple, mais chez nous, il n’y en a pas eu. Nous connaissons néanmoins les mêmes difficultés de cohésion, de justice ou d’injustice, d’instabilités de nos structures étatiques. Le Rwanda, après plus d’un million de morts, a pu faire une réconciliation, en se mettant sur les rails. Le Rwanda aujourd’hui est une vitrine pour l’Afrique en terme de développement et de fierté. En Afrique du Sud, c’est le cas avec l’Apartheid, qui était une norme arbitraire. Le pays est arrivé, avec la réconciliation, à créer et à consolider cette nation Arc-en-ciel. Pourquoi nous, au Burkina, nous ne pouvons pas penser que la réconciliation est une solution ? Dans la mesure où nous avons les mêmes problèmes …», a-t-il déclaré.

Intervenant sur la place des jeunes dans le processus de la réconciliation nationale, Aziz Dabo a invité la frange jeune à s’intéresser à la réconciliation, afin d’avoir une appréhension lucide et raisonnable de la question.

Aziz Dabo

«Aperçu des déchirures sociales et ses conséquences sur les conditions de vie difficiles de la jeunesse», c’est le sous-thème développé par Yéli Monique Kam.

Elle a rappelé la nécessité pour les Burkinabè d’aspirer à la paix, à travers le dialogue et le rapprochement les uns des autres. La femme politique a également soulevé l’impérieuse question de l’éducation de la réconciliation au profit de la jeunesse et au sein de la cellule familiale.

Yeli Monique Kam

« C’est l’heure du débat, de l’engagement et de la prise de position. Je vais ou je ne vais pas, il faut que nous apprenions déjà à nous engager. Ce n’est pas parce qu’on a 15, 20 ou 30 ans qu’on ne va pas s’engager. L’engagement n’a pas d’âge ; l’engagement est d’abord une volonté. Donc, je souhaite qu’en tant que jeunes, vous puissiez avoir cette envie de la construction et de l’idéologie nationale » : c’est l’appel lancé par Dr Ignace Sangaré sur la question de la réconciliation.

Dr Ignace Sangaré

Tahirou Barry a, quant à lui, exposé sur « les échec de la gouvernance à travers les comportements individuels, le dialogue et des efforts pour se rapprocher les uns des autres ».

Pour lui, « les différents régimes qui se sont succédé dans notre pays ont laissé un lourd tribut, un lourd passif en termes de crimes économiques, politiques et de sang. Il y a lieu donc que notre nation se retrouve pour envisager un processus sincère et inclusif de réconciliation ».

Tahirou Barry

Les différents exposés ont été suivis de questions et de contributions des étudiants.

Pour mémoire, l’Appel de Manéga est une initiative qui vise la construction de la paix, la concorde, le vivre-ensemble en toute harmonie entre les membres de la société dans leurs diversités de provenances culturelles et d’appartenances religieuses.

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