RDC : Des ONG mettent en garde Kinshasa sur une « catastrophe imminente » en cas de levée du moratoire sur les forêts

Des organisations environnementales internationales ont mis en garde, jeudi, le gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) sur les conséquences d’une décision déjà prise de lever l’historique moratoire sur l’exploitation des forêts par des industriels dans un pays qui abrite la deuxième plus grande forêt tropicale du monde après le Brésil.


Les organisations Greenpeace Afrique, RainForest UK (RFUK) et RainForest Norway (RFN) annoncent dans un communiqué avoir écrit aux bailleurs de fonds internationaux à la suite d’un plan visant à lever un moratoire de près de 20 ans sur les nouveaux titres d’exploitation forestière en RDC, annoncé par la Vice-Première ministre, ministre de l’Environnement et du Développement durable, Eve Bazaiba.

« Le plan de lever le moratoire national sur l’exploitation forestière, en place depuis 2002, menace d’aggraver la crise climatique à un moment où le monde est loin de maintenir le réchauffement climatique à moins de 1,5 °Celsius au-dessus des niveaux préindustriels – le maximum nécessaire pour éviter les effets les plus dévastateurs du changement climatique », soulignent-elles.
« Si le moratoire est levé comme prévu, les ONG avertissent que la superficie de la forêt tropicale de la RDC remise aux entreprises forestières pourrait augmenter de 20 millions d’hectares – une superficie de la taille de la Grande-Bretagne », affirme-t-on dans le communiqué, notant que « potentiellement jusqu’à 60-70 millions d’hectares de forêts intactes, abritant des milliers de communautés locales et de peuples autochtones et des espèces menacées telles que les gorilles de montagne, les éléphants de forêt et l’Okapi endémique, sont menacés ».

Pour ces organisations, « il est bien établi que même l’exploitation forestière « sélective » est la cause dominante de la perte de forêts intactes en Afrique, car elle repose sur un vaste réseau routier pour atteindre de faibles densités d’arbres à valeur commerciale ».

L’analyse de la Rainforest Foundation UK montre que parmi les zones forestières susceptibles d’être cédées aux forestiers, « il y aurait plus d’un million d’hectares dans des tourbières. On pense que celles-ci stockent plus de 2 000 tonnes de carbone par hectare ».

La quantité de dioxyde de carbone risquant d’être libérée des zones des tourbières de la RDC affectées par d’éventuelles nouvelles concessions forestières a été estimée à plus de 10 milliards de tonnes, ce qui équivaut à près de 200 ans d’émissions nationales annuelles de carbone de la Norvège, d’après les trois organisations militantes.
« L’exploitation forestière en RDC est gangrénée par la corruption, cause de dommages environnementaux et de conflits sociaux, et ne génère presque aucun avantage pour l’économie congolaise », affirment les ONG.
Elles signalent que « non seulement la levée du moratoire contreviendrait à un décret présidentiel de 2005, mais on estime également que bon nombre des concessions forestières existantes dans le pays sont illégales ».


La République Démocratique du Congo abrite la deuxième plus grande forêt tropicale du monde après le Brésil. Elle abrite 40 millions d’habitants, un réservoir de carbone et une réserve de biodiversité d’importance mondiale. C’est aussi une barrière naturelle contre la propagation des maladies zoonotiques.

Alors que certaines parties de l’Amazonie deviennent des émetteurs nets de carbone, le bassin du Congo est jusqu’à présent resté relativement intact, bien que les taux de déforestation aient augmenté ces dernières années.

Agence Anadolu