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[ EDITO ] Promotion immobilière : ce Capharnaüm mérite un sacré coup de balai !

La promotion immobilière : une activité noble, qui permet aux citoyens d’obtenir des logements décents et réguliers, et qui appuie l’Etat dans sa politique de logement. Mais telle qu’elle se pratique de nos jours au Burkina Faso, la promotion immobilière est un problème, plutôt qu’une solution.

En janvier 2020, il y avait jusqu’à 268 sociétés immobilières au Burkina, selon un rapport du Parlement. Et parmi elles, seulement une trentaine étaient en règle.Elles sont nombreuses, ces sociétés presque clandestines, à promettre monts et merveilles aux souscripteurs pour, au finish, leur servir des déceptions.

Récemment, le président du Faso a annoncé que même s’il y aurait des grincements de dents, on ne pouvait pas continuer dans la surenchère immobilière. Les ministres Bénéwendé Stanislas SANKARA de l’urbanisme, de l’habitat et de la ville ; et Clément P. SAWADOGO de l’Administration territoriale et de la décentralisation, n’ont pas non plus caché leur désaveu des pratiques malsaines qui entourent la promotion immobilière.

En effet, des sociétés qui devraient construire des logements et les revendre à des citoyens, se retrouvent à faire des lotissements privés, sans l’aval de l’Etat. Des terres sont bradées. Les textes sont piétinés au gré des intérêts privés. Les plans d’urbanisme, qui ont coûté pourtant des fortunes, sont remis en cause dans les faits. Il n’est même pas exclu, dans ces circonstances, que des blanchiments d’argent se fassent à travers ce désordre.

Dans ce Capharnaüm, où trouver du logement pour les citoyens lambda de demain ? Où trouver des terres pour l’agriculture, l’industrie et l’élevage ? Où ériger demain des écoles, des centres de santé, des lieux de sport et de loisirs ?

A la suite de ces sorties musclées du président et des ministres, qui laissent voir des réformes à l’horizon, l’on a assisté à des conférences de presse tous azimuts de soi-disant propriétaires immobiliers, qui menaçaient en des termes à peine voilés, l’Etat et ses représentants. Leurs arguments ne volaient pas haut, et leurs motivations étaient simplement égoïstes.

Pourtant, si les choses continuent ainsi, ce sont les mêmes propriétaires terriens et leurs descendants, devenus étrangers sur leurs propres terres, qui déclencheront la bombe foncière tant redoutée. Ce qui s’est passé dans certains pays voisins devrait nous instruire.

Dans quel pays est-on, pour que des individus mettent ainsi le couteau sous la gorge de l’autorité ?

Mais, il faut le souligner avec force, la faute revient avant tout à l’Etat qui a laissé faire, tant les promoteurs immobiliers que les propriétaires terriens et les citoyens-clients. Des sociétés de promotion immobilière de circonstance ont même vu le jour, soutenues par de gros bonnets. Cependant, ce n’est pas parce que l’Etat a laissé faire entre-temps qu’il doit croiser le bras pour observer l’effondrement prévisible de l’immobilier.

C’est un devoir de l’Etat de mettre de l’ordre dans le domaine de la promotion immobilière. C’est une question de sécurité, et même de souveraineté nationale.

Bénéwendé SANKARA semble déterminé dans sa mission. Mais tous ces « gourous » de l’immobilier le laisseront-ils toucher à leur pré carré ? Là se trouve la question. Mais si Maître SANKARA et les autres ministres intervenant dans le domaine ont le soutien ferme du président du Faso, malgré les résistances manifestes, ils réussiront à réformer la promotion immobilière pour en faire à nouveau une profession saine et d’utilité publique, qui participe au développement et à l’essor du Burkina Faso. Ainsi soit-il !

La Rédaction

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