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Municipales de 2021 : fermer la maison avant que le fantôme n’y entre !

Début 2019, dans un secteur de Ouaga, un enfant de sept avait créé le buzz par un enregistrement audio. Dans cet élément sonore devenu rapidement viral, le gosse disait en langue mooré qu’il rêvait de devenir Maire. A la question d’un adulte (probablement celui qui enregistrait) de savoir pourquoi il rêvait d’être bourgmestre, l’enfant a simplement répondu qu’il voulait voler des parcelles, les vendre et manger tout ce qu’il voulait.

Voilà qui décrit l’image que le commun des mortels se fait de la fonction de maire sous nos cieux. D’où le fait que  les élections municipales ont toujours été les plus âprement disputées à la base. Chacun veut forcément goûter au morceau de la collectivité, au détriment de la communauté. Tant et si bien que les élections de mai 2016, les premières municipales post-insurrectionnelles, ont été émaillées de violences sans précédent ayant causé mort d’hommes.

Les élections couplées de novembre 2020 ont été marquées par de nombreuses irrégularités. De mémoire d’observateurs, rarement une élection au Burkina  s’est déroulée dans un tel cafouillage.

Mais, la sagesse et la retenue ont habité les acteurs politiques. Ce que tous redoutaient a été évité de justesse.

Mais avons-nous repoussé les choses, ou les avons-nous annulées ? Le consensus au sommet prévaudra-t-il à la base aux municipales prochaines ? Rien n’est moins sûr. Il faut le dire, les élections locales ont cette particularité de générer des luttes, y compris au sein des partis politiques et des blocs (majorité-opposition). La moindre accusation de fraudes, de corruption ou de toute autre irrégularité peut faire germer une crise dans le village ou le secteur. Laquelle crise pouvant ensuite être alimentée par l’ethnicisme ou le régionalisme.

Par ailleurs, on l’a vu tout au long du mandat des conseils municipaux qui prend fin : des motions de défiance, des boycotts et des tiraillements sans justification.

Le Dialogue politique initié par le Président du Faso s’était penché sur la possibilité de réviser les textes pour que les Maires et les Présidents de conseils régionaux puissent être élus au suffrage universel direct. Une bonne idée, qui allait casser la dynamique des mafias qui s’étaient constituées autour de certaines mairies depuis des lurettes.

En réalité, certains maires ont passé le temps à calmer des conseillers, à répondre au chantage des détracteurs, à chercher l’éternel consensus, au lieu de se consacrer entièrement au service des citoyens qui les ont élus.

En mai 2021, si tout va bien, les électeurs iront à nouveau aux urnes pour choisir des conseillers et des maires.

La CENI doit faire son autocritique pour corriger les imperfections qui ont émaillé le scrutin passé. L’erreur, dit-on, est humaine. Mais la persistance est diabolique.

Le Gouvernement doit poursuivre les réformes visant à faire en sorte que les collectivités se sentent uniquement redevables aux braves populations, et non à des groupes d’individus. Le suffrage universel, disions-nous, est une bonne trouvaille.

Et, serait bien que le Dialogue politique, élargi à tous les acteurs politiques dans exclusion, se penche sur ces réformes. Peu importe que cela prenne du temps. Pourvu que le consensus et l’intérêt du Peuple l’emportent, et que l’on puisse exorciser les élections prochaines des démons qui planent sur elles.

La Rédaction

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