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MPSR : pour les CDAIP, c’est la restauration du clan politique chassé par l’Insurrection

Dans cette déclaration, la Coordination des Comités de Défense et d’Approfondissement des Acquis de l’Insurrection Populaire (CDAIP) de la ville de Ouagadougou analyse la situation nationale et la gestion du pouvoir par le régime de la Transition.

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Le 24 janvier 2022, un groupe d’officiers de l’armée a perpétré un putsch, le huitième qu’a connu notre pays depuis 1966, et s’est emparé du pouvoir d’Etat. Les CDAIP de la ville de Ouagadougou, structures nées sur les barricades de la résistance victorieuse de notre peuple contre la tentative de putsch de type fasciste et contre-révolutionnaire de septembre 2015 de l’ex général Gilbert DIENDERE, et qui a pour ligne d’action la défense et l’approfondissement des acquis de l’Insurrection Populaire héroïque et historique des 30, 31 octobre et 1er et 2 novembre 2014, donne sa lecture sur cet évènement politique qui vient aggraver encore plus la crise multidimensionnelle que traverse notre pays.

Peuple insurgé et révolutionnaire de Ouagadougou,

L’impasse sécuritaire, politique, sociale et économique créée par les forces sociales bourgeoises et petites bourgeoises et leurs partis politiques, notamment le MPP et alliés qui ont géré l’Etat entre 2015 et le coup d’Etat du 24 janvier 2022, a favorisé l’irruption d’un des clans putschistes dans la sphère politique. Celui-ci a rendu public son organisation politique militaro-civile appelé Mouvement Patriotique pour la Sauvegarde et la Restauration (MPSR).

Dès son avènement, le MPSR par la voix de son chef, le Lieutenant-Colonel Paul-Henri Sandaogo DAMIBA a promis de libérer les zones occupées par les groupes terroristes, d’organiser le retour des personnes déplacées internes (PDI) avec tous les services sociaux qui vont avec.

La bienveillance et l’indifférence manifestées par bien de citoyens à l’endroit du MPSR au moment où il perpétrait son putsch étaient fondées par cette promesse de restaurer l’intégrité du territoire et d’assurer la sécurité aux populations durement éprouvées par les multiples violences terroristes, mais également de l’impopularité du défunt régime MPP. Plus de quatre mois après, quel point pouvons-nous faire de ce énième coup d’Etat militaire classique en lien avec les attentes pressantes de notre peuple ?

Peuple insurgé et révolutionnaire de Ouagadougou,

Notre peuple est en droit de se demander si la situation sécuritaire n’est pas un bel alibi, un prétexte pour des clans militaro-civils de s’emparer de l’appareil d’Etat pour en jouir. En effet depuis leur arrivée, la situation sécuritaire plutôt que de s’améliorer ne fait que s’aggraver avec son décompte macabre pratiquement quotidien : plus de 2500 morts militaires et civils, plus de deux millions de déplacés, des pillages, des viols et de toute forme d’exactions dégradantes et déshumanisantes pour les femmes.

La crise sociale et humanitaire, notamment la vie chère, est de plus en plus intenable pour les gens du peuple. Depuis 2008, la vie chère n’a jamais atteint un tel niveau tant en matière de hausse des prix qu’en termes d’inaction, d’insouciance et d’incapacité des gouvernants.

La restauration de l’intégrité du territoire national se révèle être, plutôt, la restauration du clan politique chassé par l’Insurrection héroïque et historique de notre peuple en octobre 2014, si l’on observe la composition des institutions politiques étatiques : Gouvernement, Assemblée Législative de la Transition, etc. Et cela en dépit de la déclaration du chef du MPSR, le Lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo DAMIBA, au premier moment disant qu’ils (eux les gens du MPSR) n’ont pas pour objectif de restaurer un quelconque système.

Quant à la sauvegarde dont il est question, il s’agirait, au regard des actes et faits, de sauvegarder plutôt le système néocolonial de pillage et d’oppression de notre peuple par l’impérialisme, principalement français, et par la bourgeoisie néocoloniale prédatrice. Dieu seul sait à quel point, le pouvoir du MPP et alliés de même que celui du CDP avant lui, ont mis à sac notre pays par leur mode de gouvernance fondé sur le pillage des ressources du peuple.

Les multiples rapports d’enquêtes et d’audits officiels sur le foncier, les mines, l’éducation, la santé, ainsi que les révélations et dénonciations de la presse et du REN-LAC qui mettent en cause nommément des entreprises et des individus en sont des preuves. Sur ces nombreux dossiers de crimes économiques et de sang, c’est le silence total. Ceux qui devaient s’inquiéter car devant rendre compte au peuple sont ceux qui partagent le pouvoir avec le MPSR et lui assurent de tout leur soutien. Et ce n’est pas le masque trop transparent de la réconciliation nationale qui empêchera au peuple de voir les objectifs de sauvegarde des intérêts économiques et politiques des clans maffieux portés par le MPSR.

Peuple insurgé et révolutionnaire de Ouagadougou,

En affirmant publiquement et officiellement que le MPSR ne s’inscrit pas dans une démarche révolutionnaire, ceux qui ont perpétré le putsch du 24 janvier se sont présentés à notre peuple comme des contre-révolutionnaires qui s’assument comme tels.

D’un point de vue des rapports politiques, cette affirmation signifie que le MPSR et ceux dont il défend les intérêts sont contre une Révolution libératrice de notre pays et de notre peuple de la domination et de l’oppression impérialistes et que, par conséquent, ils se donneront les moyens d’empêcher son avènement. Le fait qu’il n’a jamais été fait cas de l’« Insurrection populaire de 2014» traduit toute  la haine des putschistes vis-à-vis de cet évènement.

Pourtant, les masses aspirent de plus en plus à un véritable changement politique révolutionnaire qui est aujourd’hui l’unique alternative à la faillite historique et irréversible de l’ensemble de la classe politique électoraliste et pro-impérialiste qui a géré le pays depuis 1960 dans le cadre du système néocolonial. Pourtant, c’est sur le chemin de la Révolution que notre peuple a réalisé l’Insurrection Populaire des 30, 31 octobre, 1er et 2 novembre 2014 et résister au putsch de septembre 2015. Pour les CDAIP, les pratiques de prédation (en témoignent les salaires immoraux des membres du gouvernement), d’impunité, de violation des droits humains, les atteintes aux libertés d’expression (en témoignent les menaces et intimidations à l’endroit des voix critiques et de la presse, les interdictions des manifestations publiques, le sombre désir de généralisation de l’état d’urgence à tout le pays, etc.) que nous vivions sous le pouvoir MPP et alliés vont être maintenues et renforcées sous le MPSR.

C’est pourquoi, notre peuple n’a rien de bon à attendre du pouvoir actuel en termes de solutions à ses préoccupations vitales, notamment sur le plan sécuritaire et celui de l’amélioration de ses conditions de vie. Mais le putsch du MPSR a eu l’avantage de montrer à notre peuple, aux démocrates, progressistes et aux révolutionnaires véritables que la classe politique électoraliste qui a soutenu ouvertement le putsch ou en prenant acte de sa survenue est totalement réactionnaire, c’est-à-dire contre-révolutionnaire et pro-impérialiste et que, par conséquent, elle est disqualifiée pour porter la lutte du peuple pour se libérer de la domination impérialiste.

Notre peuple voit, une fois de plus, se confirmer la thèse selon laquelle, un coup d’Etat ne peut pas et ne saurait être une Révolution libératrice. Au contraire il est un facteur d’aggravation de la crise structurelle néocoloniale. Il est un moyen par lequel les forces politiques exploiteuses des masses tentent de sauver leur ordre en crise quand les élections se révèlent incapables d’empêcher la grogne révolutionnaire de monter en puissance. C’est dans cette perspective que s’inscrit le putsch du MPSR du 24 janvier 2022.

Peuple insurgé et révolutionnaire de Ouagadougou,

Face à cette situation sombre, faite de guerre civile réactionnaire et de crise humanitaire sans précédent, l’espoir subsiste pour un lendemain meilleur. C’est étant fermement convaincus de cela que les CDAIP lancent un appel aux populations éprouvées, d’une manière ou d’une autre, par la guerre réactionnaire, aux organisations démocratiques, patriotiques et révolutionnaires à :

  • S’organiser au sein des CDAIP dans les arrondissements et les quartiers de la ville de Ouagadougou et des environs pour la défense ferme des acquis de l’Insurrection Populaire d’octobre 2014 et de la Résistance au putsch de septembre 2015, notamment les libertés d’expression et de manifestation ;
  • S’organiser et lutter pour exiger la satisfaction de leurs préoccupations légitimes notamment en matière de justice sociale (foncier, logement, lutte contre l’impunité) et de vie chère ;
  • Exiger le jugement des dossiers de crimes de sang (affaire Dabo Boukary, Norbert Zongo, martyrs de l’Insurrection Populaire, etc.) ;
  • Se démarquer et se départir du putschisme et rejeter toute velléité de musellement de notre peuple sous quelque prétexte que ce soit ;
  • Garder l’optimisme en la capacité de notre peuple à surmonter les divisions cyniquement créées par les forces obscurantistes, l’impérialisme principalement français et ses serviteurs locaux ; s’unir autour de la perspective de changement politique révolutionnaire anti-impérialiste dans notre pays, condition pour vaincre le terrorisme sous toutes ses formes et pour assurer la paix pour les populations des campagnes et des villes. Nous devons nous battre pour cela quel qu’en soit le prix.

Vive les Comités de Défense et d’Approfondissement des Acquis de l’Insurrection Populaire !

La Coordination des CDAIP de la ville de Ouagadougou

Ouagadougou, 30 mai 2022

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