Workplace

[EDITO] Guerre contre le terrorisme : il urge d’envoyer des signaux forts à nos soldats

Sur l’axe Arbinda-Gorgadji, les forces du mal ont encore semé la mort. Tant du côté des Forces de Défense et de Sécurité (FDS), que des civils. Un deuil national a été décrété et observé. Mais, la vie ne devrait plus suivre son cours comme si de rien n’était. Gorgadji doit marquer un sursaut national, et un véritable bloc incalculé autour de nos soldats au front.

Tout se passe exactement comme si les citoyens n’avaient pas pleinement conscience que nous sommes en guerre. Être en guerre suppose que nos habitudes changent, que nous soyons dans une disposition d’unité pour défendre l’essentiel, que nous soyons tous volontaires pour défendre la mère patrie, d’une manière ou d’une autre.

Cette guerre, beaucoup de citoyens la voient comme une affaire de militaires. Si bien que la mort de soldats ne les émeut plus. C’est grave, et c’est injuste.
L’élite politique et la société civile, quant à elles, utilisent l’insécurité comme un outil de marketing politique et social, sans vraiment croire en la nécessité d’une union sacrée.

Or, nous devons, dans l’urgence, envoyer des signaux forts à nos FDS, en tant que peuple, en tant que gouvernants, en tant que hiérarchie militaire. Il faut que nous leur disions, non pas en paroles, mais en actes, que nous sommes conscients de leurs sacrifices, que nous mesurons la valeur de chacune de leurs gouttes de sang, et qu’ils peuvent compter sur nous, quand bien même le pire adviendrait.

Au niveau des gouvernants, cela passe avant tout par une gestion saine et orthodoxe des deniers publics. En temps de guerre, le pillage et les malversations ne doivent pas être tolérés. Parce que, chaque fois que des fonds publics sont détournés, c’est un coup de massue sur le moral des troupes. Qui mourra pour le pays pendant que d’autres se régalent à la table de la République ?
Une fois que des gestes forts seront posés en termes de moralisation de la vie publique, les gouvernants auront toute la légitimité pour demander un impôt spécial de guerre, et demander même la suspension de certaines revendications sociales. Quel pays peut-il tenir pendant près de dix ans dans la guerre, sans efforts populaires ? Mais cet effort de guerre suppose une réorientation de nos forces vers la sécurité, la défense, la reconstruction, la présence de l’Etat, et le développement d’une économie résiliente.

En outre, côté hiérarchie militaire, il y a des efforts à faire. Notamment pour des renseignements plus proactifs, de la rapidité dans le déploiement des renforts et des secours, et une présence plus accrue aux côtés des troupes. Sur ce dernier point, l’engagement personnel du Chef d’Etat-Major Général des Armées, et sa proximité avec les troupes, sont à saluer. Chaque responsable militaire et paramilitaire, à quelque niveau qu’il soit, doit pouvoir reproduire cette attitude de chef de guerre.
Et il y a aussi la motivation des troupes à prendre en compte : leur meilleure rémunération, leur équipement, leur meilleure cohésion, la distinction de ceux qui vont au front et posent des actes patriotiques, …
Par ailleurs, aussi surprenante que puisse paraître notre analyse, l’urgence, pour l’heure, est de renforcer les acquis et d’aguerrir davantage nos hommes. En pleine guerre, la stratégie consistant à changer les chefs des troupes à tout bout de champ est improductive. C’est un éternel recommencement qui donne une longueur d’avance à l’ennemi. On peut, certes, opérer des changements stratégiques, mais à tête froide, et non sur la pression de l’opinion.

Enfin, il convient de souligner que notre réveil est un impératif. Tôt ou tard, nous ouvrirons les yeux sur le péril collectif qui plane sur nous. Mais mieux vaut tôt que tard. Parce que le réveil tardif suppose que nous touchions le fond, et que les survivants, sur les ruines causées par la guerre, se mettent d’accord pour rebâtir un destin commun. Ce serait le scénario du Dougoumato, tel que décrit dans l’étude nationale prospective « Burkina 2025 ». Que Dieu nous garde de ce fitna !
 
La Rédaction

Workplace