[EDITO] Quand Damiba perd la chose, mais se bat contre le Peuple et l’Histoire

C’est une nouvelle page de l’histoire du Burkina Faso qui s’écrit, à un rythme insurrectionnel. Le coup d’Etat du Capitaine Ibrahim Traoré, et sa volonté affichée de reformer l’Armée pour faire autrement les choses, répond à une soif du peuple burkinabè qui ne savait plus à quel officier se vouer. Et la résistance du Lieutenant-colonel Paul Henri Damiba sonne comme une marche à reculons dans l’Histoire, et un affront contre les Burkinabè qui sont à nouveau dans la rue. Dommage pour celui qui avait pourtant toutes les cartes en mains, et qui a préféré redonner vie à des vestiges politiques, plutôt que de sortir le pays des hommes intègres du bourbier djihadiste.

Un coup d’Etat n’est jamais une avancée. Surtout quand elle crée des conditions d’affrontements entre des pans de l’Armée. Comme le disait Newton Ahmed Barry, on ne peut pas être plus fort après une amputation. Mais le putsch du capitaine Traoré, et les raisons profondes qu’il a avancées, ont eu un écho favorable au sein de la jeunesse burkinabè en perte de repères, d’espoir et de sécurité.

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Damiba, que tous pensaient suffisamment audacieux pour faire les choses différemment en termes de gouvernance, de diplomatie militaire et de réformes, a choisi son camp. Un camp pourtant vomi par les Burkinabè il y a moins d’une décennie.

Venu pour restaurer l’intégrité territoriale et refonder le pays, ce lieutenant-colonel s’est plutôt retrouvé à restaurer l’ordre ancien de Blaise Compaoré. Excluant de facto les autres composantes politiques, les organisations de la société civile sérieuses, et toutes les autres forces vives. Tout était fait à la sauvette, avec la technique du fait accompli. De la rédaction de la charte aux assises, de la constitution du parlement de transition aux discussions sur les échéances électorales, tout semblait être décidé ailleurs et imposé au régime.

Le pire, c’est l’avancée triomphale et insultante des terroristes. Des provinces qui étaient épargnées sont maintenant touchées par les attaques, et d’autres, relativement résilientes jusque-là, sont sous occupation des groupes armés terroristes.

Et Damiba et son équipe continuaient de s’accrocher à la France, qui aura démontré toutes ses limites ou toute sa mauvaise foi dans cette guerre à nous imposée.

En sus, comment comprendre qu’un chef de guerre abandonne sa troupe en pleine bataille, pour s’offrir gracieusement une ballade touristique avec les maigres ressources du contribuable ? Des ressources qui auraient servi à ravitailler nos hélicoptères en carburant !

Pendant ce temps, des loubards étaient payés pour agresser de paisibles citoyens qui criaient leur ras-le-bol. Leur chef de file était un « honorable député ».

L’Assemblée Législative de Transition n’était d’ailleurs qu’un quartier général pour jeunes compaoristes. Un pays pouvait-il tomber plus bas ?

Puis est arrivé le double drame sur la route de Djibo. C’était de trop ! Le prophète de Zaïda n’était visiblement pas là pour sauver le peuple burkinabè qui criait secours.

Pour tout analyste rigoureux, le régime Damiba ne pouvait pas terminer la Transition. Ou bien, le Burkina en tant qu’Etat disparaitrait inéluctablement.

C’est ainsi que le putsch du capitaine Traoré arriva. Mais le refus de Damiba de rendre le tablier, avec des menaces d’affrontements, est dangereux pour lui-même et pour l’Armée. De Maurice Yaméogo à Roch Kaboré (dont Damiba fut le tombeur) en passant par Blaise Compaoré, tous ont accepté de quitter le pouvoir pour préserver l’essentiel. Au nom de quel intérêt le lieutenant-colonel Damiba, qui n’a été élu par personne, refuse-t-il de démissionner ? Au nom de quel intérêt du sang burkinabè devra-t-il encore couler?

Le jeune capitaine qui a pris le pouvoir ne doit jamais oublier ce qui l’a amené à agir. L’espoir porté en lui et en toute l’Armée est si immense qu’il n’a pas droit à l’erreur. Et pour relever tous les mille défis à lui présentés, Traoré devra composer avec toutes les strates de la nation, y compris les personnes compétentes du régime déchu.

Il devra entrer véritablement en guerre, diminuer drastiquement le train de vie de l’Etat, imposer l’effort de guerre, et ramener la discipline de survie au sein des populations.

Le Capitaine Traoré devra faire la guerre, honnêtement la guerre, et rien que la guerre. Il devra s’entourer d’hommes d’Etat dignes et expérimentés pour l’aider dans sa délicate mission. Aucune génération et aucun bord ne doivent être écartés.

Que Dieu veille sur le Burkina !

La Rédaction

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