Workplace

[EDITO] Ne pas jeter le bébé CEDEAO avec l’eau du tripatouillage !

La Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a rarement été autant voué aux gémonies. Une opinion et une jeunesse panafricaines, déçues et exaspérées, ne croient plus en elle, après une série d’erreurs qu’elle a commises. Dernières incohérences en date, la gestion des crises politiques consécutives à des Putsch, au Mali et en Guinée Conakry. Cependant, l’opinion publique et la jeunesse ouest-africaines ne devraient pas perdre déjà espoir en cette institution, la plus vieille des huit organisations régionales reconnues par l’Union Africaine, et d’ailleurs la plus fonctionnellle selon des analystes.

L’on a coutume de dire que chaque peuple mérite ses dirigeants. Par extrapolation, chaque Etat mérite son organisation régionale. Parce que, ce serait trop d’exiger que la CEDEAO soit exemplaire, là où les Etats membres ont montré leurs limites.


Les tripatouillages des constitutions, c’est avant tout à l’intérieur des Etats membres qu’ils doivent être combattus. Et c’est toujours à l’intérieur des Etats que des mécanismes de prévention contre le virus du troisième mandat doivent être construits. Le Burkina a résolu son équation en 2014 à sa manière, tout comme le Sénégal, plus tôt en 2012, a su régler la question du projet de mandat supplémentaire d’Abdoulaye Wade.


Des pays comme le Nigéria, le Ghana et le Bénin, pour ne citer que ceux-là, n’ont pas de problèmes de troisièmes mandats ou de coups d’Etats militaires. Ce sont donc d’autres Etats qui ont traîné ces tares politiques, et qui ont rendu inopérante la CEDEAO sur la question.


Et concernant la situation au Mali et en Guinée Conakry, il est incohérent pour une certaine opinion publique de vouloir une chose et son contraire.


L’on ne peut prôner l’Unité africaine et le Panafricanisme, et vouloir que les Etats, pris individuellement, vivent en autarcie et se murent derrière la souveraineté pour poser des actes au détriment de la Communauté. Ainsi, aussi révolutionnaire et audacieuse que puisse être l’idée du Mali de recourir au puissant groupe Wagner, ce pays ne doit pas nourrir un tel projet sans l’avis des pays membres du G5 Sahel, avec qui il partage un même combat et un même destin sécuritaire.


Face à l’échec cuisant de la France dans la lutte contre le terrorisme au Sahel, il est tout à fait normal, comme le demande d’ailleurs la jeunesse africaine, que les pays membres de la CEDEAO en proie à la crise optent pour des alternatives. La folie, dit-on, consiste à faire la même chose, et à espérer des résultats différents.


Mais ce serait une grosse erreur stratégique de vouloir accéder au salut en singleton. Aller avec la France sous d’autres formats, ou rompre clairement avec la France pour d’autres alliés, sont des décisions si lourdes de conséquences qu’elles ne doivent pas revenir à des Etats individuellement pris. C’est là que la CEDEAO doit avoir sa partition à jouer. C’est à l’intérieur de la CEDEAO que le combat stratégique de libération doit commencer.


En effet, pour avoir laissé le géant de la Communauté, le Nigéria, se battre seul depuis 12 ans contre Boko Haram, les pays membres de la CEDEAO ont aujourd’hui du mal à lancer une action militaire commune contre les Djihadistes au Sahel. Et il n’est pas tard pour corriger cette donne.


L’autre importante observation a trait à l’attitude de la CEDEAO face aux coups d’Etat récents et au retour à l’ordre constitutionnel. Avec tous les défauts et maladresses que l’on reconnaît à cette institution, elle a l’impérieuse devoir de circonscrire l’épidémie de putschs qui a commencé. Tout comme il doit combattre avec la même vigueur, les coups d’Etat constitutionnels des candidats au pouvoir à vie.


La Jurisprudence Déby, prédisions-nous dans un éditorial, allait ouvrir la boîte de pandore. Il faut la refermer, cette boîte, en prenant soin de ne pas laisser se répéter la Jurisprudence Doumbouya.


L’opinion qui célèbre Doumbouya et Goïta à travers les réseaux sociaux, est la même qui risque de crier à la dictature dans quelques années. Elles sont bien loin, les années des hommes providentiels. Et les dictatures et les pouvoirs à vie éclatent tous de beauté à leurs débuts, pour finir enlaidis par les rides de la tyrannie.


L’histoire nous enseigne que tout militaire qui prend le pouvoir n’est pas forcément un révolutionnaire. N’est pas Sankara qui veut. Il est d’ailleurs plus facile à l’Impérialisme de changer un régime par les armes, plutôt que par les urnes.


Si les pays se développent au rythme des putschs militaires, le Burkina, la Guinée, et le Mali seraient émergents, aujourd’hui.
Pour l’essentiel, ce n’est pas parce que la CEDEAO a pêché par laxisme dans l’affaire des troisièmes mandats présidentiels, qu’elle doit laisser prospérer les putschs. D’ailleurs, Ibrahim Boubacar Kéita avait-il un problème de mandat inconstitutionnel ?


N’exigeons pas à la CEDEAO ce que nous n’exigeons pas à nos Etats. Car, c’est la somme de nos Etats qui fait la CEDEAO, avec ses faiblesses, ses qualités et ses promesses. Sachons construire cette communauté avec patience. En ayant en tête que, comme toute entreprise humaine de rassemblement, il y aura des hauts et des bas, mais l’essentiel, c’est la ferme volonté, et les actions constructives.

La Rédaction

Workplace