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[EDITO] Enlèvement d’une cinquantaine de femmes à Arbinda : que comprendre ? Que faire faire ?

Le gouverneur de la région du Sahel a confirmé cette information diffusée depuis déjà quelques jours par des journaux locaux et internationaux : une cinquantaine de femmes ont été enlevées par des terroristes les 12 et 13 janvier derniers à Arbinda, dans le Soum. Un fait grave, lourd de charges émotionnelles, et qui suscite ces questions : Que faut-il comprendre ? Que convient-il de faire ?

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Cet enlèvement à la Chibok rappelle l’assassinat de masse de 35 civils, majoritairement des femmes, dans cette même localité de Arbinda le 24 décembre 2019. Un acte ignoble qui a suscité indignation, condamnations et compassion. Une cinquantaine de femmes, dont certaines sont allaitantes, d’autres peut-être enceintes, et d’autres encore à l’âge mineur. Il y a de quoi marquer une halte et s’interroger sur ce qui ne va pas dans la lutte contre le terrorisme, et ce que l’on peut bien faire de nouveau.

A Arbinda, les Forces de Défense et de Sécurité (FDS) et les Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP) font un travail remarquable. Les attaques y sont devenues rares. Mais selon des sources locales jointes par ACTUALITE.BF, les terroristes ont imposé un blocus sur les différents axes menant à Arbinda. Et depuis de longues semaines, il n’y a pas de quoi se nourrir. Les hommes ne pouvant pas se rentre en brousse, les femmes de plusieurs ménages ont pris sur elles la responsabilité d’y aller chercher du jujube (fruit sec à sucer), juste pour tromper la faim. C’est à la recherche de ce fruit de la survie que la cinquantaine de femmes ont été enlevées par les terroristes.

A l’analyse, primo le blocus des terroristes est à lever au plus vite, car ses conséquences sont incommensurables. La logistique aérienne était une trouvaille ponctuelle et limitée en termes de capacités. Il va falloir sécuriser les axes routiers, et créer de véritables couloirs de ravitaillement.

Secundo, il est à observer que les groupes armés terroristes, harcelés par l’offensive des FDS et par le maillage territorial des VDP en cours, cherchent un moyen de négociations. Prendre en otage une cinquantaine de femmes peut s’interpréter comme un signe de faiblesse, une volonté de négocier, et même une perte de repères.

C’est pourquoi l’Etat burkinabè serait bien inspiré d’ouvrir des portes de dialogue et des passerelles pour les repentis sincères. Et cela passe par la mise en œuvre d’une stratégie de réconciliation communautaire vraie, dont l’architecture avait été élaborée par les gouvernements précédents, avec le précieux concours de toutes les forces vives de la Nation, et même des populations à la base.

Le Président de la Transition, Ibrahim Traoré, l’a reconnu lors de sa rencontre avec la classe politique : le terrorisme puise sa sève des frustrations, injustices, et iniquités longtemps ruminées par des zones et des entités du pays. Faut-il finir la guerre avant de panser ces plaies ? A notre humble avis, la réconciliation en elle-même est une des solutions qui peuvent accompagner la réponse armée. Une solution moins chère, moins sanglante et plus pérenne.

En plus de la mise en branle de la réconciliation vraie, il convient, pour les autorités de la Transition, de rassembler toute la Nation pour trouver des solutions à cette crise multidimensionnelle, et d’éteindre les foyers de l’intolérance religieuse, de la violence ethnique, de l’incivisme extrémiste, …

Dans cette lutte historique, il ne peut y avoir de héros solitaires. Le héros, in fine, sera celui qui aura rassemblé au-delà de son camp, y compris parmi ses adversaires, pour vaincre le grand ennemi. Par-dessus tout, cette guerre concerne des Burkinabè entre eux, attisée par des bras externes. Et si nous dialoguions sans calcul, et pour de vrai ?

La Rédaction

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