[EDITO] Ecarter le politique et s’appuyer sur le fictif : Traoré sur les pas de Damiba

Le Premier ministre Appolinaire Kyelem de Tambèla l’a dit, non sans un brin de fierté : aucun membre du Gouvernement n’a de connexion politique. Même si le parcours du ministre des infrastructures, par exemple, en dit le contraire, l’esprit de continuité du Mouvement Patriotique pour la Sauvegarde et la Restauration (MPSR) est affiché. Et sur qui s’appuie donc le régime ? Sur une force fictive, exactement comme au temps de Damiba.

C’est une erreur politique de croire que l’on peut faire (mieux) la politique que les acteurs politiques. Surtout dans un contexte de guerre où l’on a besoin de toutes les forces vives pour vaincre le redoutable ennemi. La propension du MPSR à exclure la classe politique de l’exécutif est comparable à l’attitude d’un chef de famille dont le domicile est en feu, et qui s’octroie le privilège de choisir parmi ses enfants, seulement quelques uns qui devraient l’aider à éteindre l’incendie. Il est probable que dans cette discrimination, il ait recours aux moins aptes et aux plus inexpérimentés pour une mission d’urgence et de survie. Au-delà de toute considération, le premier bénéficiaire d’une inclusion des politiques, c’est bien le Président Ibrahim Traoré qui s’en trouverait davantage légitimé, outillé de nouvelles idées, et moins vulnérable face aux nouvelles velléités putschistes qui ne manqueraient pas.

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Damiba a choisi d’écarter la classe politique. Et aucun acteur politique n’a bronché à sa chute avec fracas. Par contre, quand le Général Diendéré a juré la chute de la Transition de 2015 dirigée par le duo Kafando et Zida, il a trouvé face à lui « le peuple ». Une mobilisation spontanée ? Seuls les non-initiés de la chose politique le croiraient.

En reproduisant exactement la même stratégie improductive de Damiba, alors qu’il a moins d’assise que ce dernier dans plusieurs cercles, le Capitaine Traoré prend des risques inutiles. Il est bien de s’appuyer sur les hommes des microphones et des plateaux de télévision, mais ceux-là, en dehors de leurs belles théories, n’ont ni d’assises politiques et sociales, ni d’expérience d’hommes d’Etat, encore moins de réseaux diplomatiques pour contrer l’adversité interne et l’inimitié externe. Ils viennent faire leur stage en médecine, pour réanimer un grand corps malade en situation d’extrême urgence.

En fait, la propagande consistant à ériger les hommes et les femmes politiques en ennemis du Burkina Faso est à la fois erronée et dangereuse. Elle est erronée en ce que les militaires ont dirigé le Burkina durant 48 longues années, et les civils, juste 14 années. Mis à part l’icône Sankara, beaucoup de ces militaires ont brillé par d’odieux crimes politiques et de sang, la corruption et le manque de vision. Ce sont eux qui ont introduit le pistolet dans l’arène politique, et le poignard dans les débats idéologiques. Ils sont grandement responsables de la situation actuelle du pays, après avoir dealé et dîné avec le diable qui nous tient actuellement sur son gril.

En plus, l’idée de rejeter toutes les fautes sur les politiciens est dangereuse. Qui parle d’acteurs politiques parle de tous ces dirigeants, ces anciens ministres, maires, députés, ces dizaines de milliers de conseillers municipaux et de militants, ces nombreux délégués de partis, … Si ce monde-là doit être taxé de tous les péchés du Burkina et écarté d’office, le pays resterait-il le même ? Ces politiciens ne sont-ils pas le parfait reflet de toute une société en décomposition ?

Et si le Mouvement Patriotique pour la Sauvegarde et la Restauration était une structure aux composantes bien connues et présentes partout au Burkina, cela aurait compensé les insuffisances de l’élite de la Transition. Malheureusement, cette structure, en dehors de deux ou trois de ses premiers responsables et de quelques militaires ayant lu des communiqués, ne révèle pas l’identité de ses membres. C’est une sorte de fiction où jouent des acteurs « ni vus, ni connus ». Et en tant que tels, ses membres peuvent toujours renier leur chef avant que le coq ne chante, et faire allégeance à de nouveaux maîtres.

C’est avant tout un droit sacré du peuple de savoir qui le dirige. Non seulement pour le respect qui lui est dû en tant que vrai détenteur du pouvoir, mais aussi pour la redevabilité devant l’histoire.

Il n’est pas tard pour les rectificateurs de corriger le tir. Pour le bien du Burkina qui a soif de la stabilité politique, élément indispensable à la victoire sur le terrorisme.

La Rédaction

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