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[EDITO] Coup d’Etat en Guinée : nouveau départ ou retour à la case départ ?

Le pays de Sékou Touré renoue avec les coups d’Etat militaires. Le Colonel Mamady Doumbouya, jusque-là commandant des Forces Spéciales, a renversé le Président octogénaire Alpha Condé, qui n’avait pas véritablement commencé à savourer un troisième mandat arraché dans le sang. Dans les rues de Conakry ont déferlé des citoyens en soutien au nouvel homme fort. Mais le peuple, dit-on, n’applaudit que celui qui est au balcon. Le véritable enjeu, pour une Guinée à la croisée des chemins, c’est d’effectuer un nouveau départ, en évitant par mille précautions, le retour à la case départ.

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Les premières décisions du nouveau locataire du Palais de Sékoutouréya, rappelle un certain Moussa Dadis Camara, en moins bouillant. Interdiction aux anciens ministres de quitter le territoire, bains de foule, réponse à la communauté internationale, imitations de révolutionnaires, …tout y est. C’est d’ailleurs la marque de naissance de toute junte : présenter une image de virginité, promettre de tout changer, pour finir par troquer le treillis contre le costume, s’amouracher des ors de la République, et reproduire les mêmes tares qui ont justifié le coup de force.

Après le “putsch béni du Tchad”, notre rédaction annonçait un effet domino, c’est-à-dire, des coups d’Etat que la Communauté dite internationale aura du mal à contrôler. D’ailleurs, par anticipation, des puissances pourraient renverser des régimes africains, pour que la situation volatile dans certains pays ne leur échappe pas, et ne profite pas à des puissances rivales. En ce moment, dégommer un allié pour le remplacer par un nouveau plus contrôlable et couvert du vernis du panafricanisme et de la Révolution, est une belle trouvaille.

Mais n’ayons pas hâte de juger Doumbouya sans l’avoir vu au pied du trône. Si cet officier au parcours suffisamment éloquent arrive à réformer l’Etat et à combattre la corruption généralisée, à conduire une transition civilo-militaire, et à organiser des élections libres et transparentes auxquelles il ne prendra pas part, il aura tracé les sillons de ce nouveau départ dont rêve le peuple guinéen.  

Mais si le colosse de Conakry se met à rêver d’une confiscation du pouvoir, il usera immanquablement de tueries, de traques et de tripatouillages, loin des idéaux qu’il semble porter pour l’heure. S’il succombait à cette tentation, il suivrait, presque à la trace, l’étrange destin de Dadis. Et la Guinée sortirait davantage divisée et fragilisée, au moment où les terroristes du Mali voisin la lorgnent.

Les grandes révolutions et les changements historiques, ce sont les peuples qui les souhaitent et trouvent un homme pour les porter. La théorie de l’homme providentiel, fût-il militaire, est un leurre. Y croire, c’est se condamner à revivre perpétuellement les drames de soldats qui défilent au trône par des chemins ensanglantés. Puisse Doumbouya, Koïta et Déby Fils, faire l’exception !

La Rédaction

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