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[EDITO] Banlo : un terrorisme peut en cacher un autre !

Une fois de plus, l’horreur fait la une des médias au pays des hommes intègres. Si pour Banlo, le terme consacré, « attaque terroriste », n’est pas utilisé, le mode opératoire ne demeure pas moins macabre. Et des questions taraudent les esprits. Pourquoi cela ? Où allons-nous ? Comment exorciser le mal ?


Ce 27 août 2021 à Banlo, village situé dans la commune rurale de Bouroum-Bouroum (province du Poni, région du Sud-Ouest), un double drame a eu lieu. Un enfant a été fauché mortellement par un véhicule transportant trois agents du Centre de Contrôle des Véhicules Automobiles (CCVA). Suite à l’accident, les infortunés ont été -si l’on s’en tient aux images- ligotés, avant d’être froidement abattus. Ces personnes pleines de vie n’ont pas eu droit à une justice équitable. Peut-être, d’ailleurs, n’ont-ils pas eu le temps de battre leur coulpe, et de compatir à la vive douleur qui était également la leur. Ils ont été tout simplement massacrés par une horde d’assaillants.


Pour une certaine catégorie de population, rouler en voiture est synonyme d’être un voleur à col blanc, et rouler en voiture fond rouge est synonyme d’être un pilleur des fonds publics. La méfiance vis-à-vis de l’administration s’est muée en haine.


Cette scène qui a mis en émoi la nation entière n’est pourtant pas une première dans l’actualité récente du Burkina Faso. Elle rappelle des faits similaires dans les Cascades où deux officiers de police et une dame ont trouvé la mort au cours d’une interpellation le 12 janvier 2019, dans le village de Nafona, commune rurale de Soubakaniédougou. A l’époque, la police était allée interpeller cinq personnes impliquées dans un conflit foncier, sur ordre du Procureur du Faso. La population s’y était farouchement opposée. La police a alors fait des tirs de sommation dont une balle avait fauché mortellement une dame. La population avait alors, en représailles, tué deux policiers dont le commandant de Banfora et le commissaire de district de Soubakaniédougou.


La liste des cas de lynchages et d’actes d’incivisme à grande échelle, est longue. Des commissariats, brigades et autres institutions étatiques mis à feu, des présumés délinquants mis à mort illico presto,… Bref, ces pratiques sauvages sont érigées en principe dans un pays démocratique doté d’une institution judiciaire censée faire respecter les droits de l’homme. Justement, ce genre de pratiques est le corollaire de la perte de confiance des populations vis-à-vis de la justice.


Ce sentiment est également perceptible depuis plus de cinq ans à travers les organisations d’autodéfense. Ces groupes ont institué leur propre système pour rendre justice, percevoir l’impôt, garder leurs propres prisonniers, bref, ériger un État informel dans l’État constitué.


En parallèle nous avons des terroristes qui ont pris d’assaut certaines localités de notre pays, qui dictent leurs lois, tout en essayant d’effacer toute trace de la République.


Certains citoyens ont-ils la nostalgie de l’état de nature, de la jungle, ou aspirent-ils à être gouvernés par la loi du talion? Ce qui s’est passé à Banlo n’est ni plus, ni moins qu’un acte terroriste. En effet, les terroristes n’auraient pas pu, dans ce contexte-ci, commettre pire horreur. Un terrorisme peut donc en cacher un autre. Et il faut les combattre tous !


Ce drame vient nous rappeler que le malheur n’arrive pas qu’aux autres. Qui est à l’abri d’un accident ? Qui souhaite d’ailleurs en être victime ? En l’absence de constats d’usage et de jugement par un tribunal, qui peut désigner le coupable, et en vertu de quoi lui infligerait-on la peine capitale ?


Il faut agir afin que le peu de quiétude qui nous reste ne s’envole pas. Dans un passé non lointain, pareille ignominie était punie avec rigueur par une expédition de FDS, et des actions fortes et inoubliables étaient posées pour dissuader quiconque serait tenté de reproduire cette honte.


Les coupables directs de ces assassinats, qui ne se sont même pas gênés de les revendiquer, doivent être jugés et punis avec toute la rigueur de la loi. Par-delà eux, les populations qui ont permis ou encouragé le massacre des trois pauvres citoyens méritent une punition exemplaire. Ni les calculs politiques, ni les médiations circonstancielles, ne devraient empêcher la justice et la punition.
Comparaison n’est pas raison. Mais, lorsqu’en 2017, au Ghana, un capitaine de l’armée à été injustement mis à mort par des populations, la riposte de l’État est restée mémorable. Des dizaines de personnes ayant participé aux lynchages ont été arrêtés suite aux enquêtes. Outre cela, un groupe de militaires a pris d’assaut le village pour restaurer la discipline et l’autorité de l’Etat.
C’est dit. Il est urgent de restaurer l’autorité de l’État dans tous ces compartiments. Et pour ce faire, il faut commencer par sévir pour changer les habitudes à la base. La discipline doit être imposée en amont, à travers les petites choses de la vie courante. La montée des couleurs, le civisme en circulation, la propreté dans les lieux publics, la lutte contre la corruption à la base, le respect de l’autorité des parents et des enseignants, …voilà autant de choses que notre société doit réapprendre.


Et pour pouvoir appliquer la rigueur à la base, nos gouvernants doivent être eux-mêmes exemplaires, respecter les lois et les décisions de justice.


Le terrorisme, la négation du droit, ajoutés à Nafona, Banlo, et autres, pourraient donner à désespérer de l’avenir de notre vivre-ensemble. Et pourtant, il subsiste des îlots d’espoir, de petits signes encourageants sur notre capacité à surmonter les épreuves et à endiguer la haine. A titre d’illustration, il y a deux ans, une autorité, au volant de sa voiture, a fauché mortellement deux enfants sur la route Ouaga-Fada, en plein marché. Une scène insoutenable ! Paix à leurs âmes ! Mais la population a fait preuve de grandeur d’esprit, en n’appliquant pas la règle “œil pour œil, dent pour dent”. Le concerné a même compati à la profonde douleur des familles, et a assisté aux inhumations. Puis, il a cherché après les voies de réparation et de justice.
Que ceci inspire les citoyens, qui, pris dans une colère souvent légitime, et dans un tourment de haine collective, se sentent appelés à commettre l’irréparable. Nous sommes avant tout des humains, des Burkinabè. Ne l’oublions pas !

La Rédaction

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