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Décryptage: Eddie KOMBOIGO adopte la stratégie du renard

Le nouveau chef de file de l’opposition burkinabè, Eddie KOMBOIGO, a pris officiellement fonction le 05 mars dernier. Dans un contexte où la majorité parlementaire et présidentielle s’est confortée, et où l’opposition se retrouve affaiblie. Mais le patron du CDP compte bien tirer son épingle du jeu, et ses premiers pas en tant que chef de file de l’opposition sont intéressants à analyser.

Il faut donner du contenu de lutte à la mission de chef de file de l’opposition.  Eddie KOMBOIGO a annoncé les couleurs, sitôt installé : « Nous avons été étonnés de voir qu’un projet de loi sur l’ajournement des élections municipales a déjà été adopté par le Conseil des ministres. Nous sommes à moins de six mois des élections. Nous voulons lancer un appel au chef de l’État : qu’il suspende ce projet de loi pour nous permettre de mettre en place le cadre de concertation. »

Le président du principal parti d’opposition assure que si les résultats des prochaines élections ne « reflètent pas la vérité des urnes et que les institutions judiciaires n’ont pas le courage de le dire », les acteurs politiques seront obligés de descendre dans les rues.

Voilà qui est dit. Après cinq années d’opposition, Eddie KOMBOIGO sait bien qu’une opposition ne vit pas sans objet de lutte. C’est d’ailleurs un objet de lutte, le respect de l’article 37 de la Constitution en l’occurrence, qui a enclenché l’Insurrection ayant fait perdre le pouvoir au CDP.

Or, le président Roch KABORE a su anticiper sur des sujets de grand enjeu comme la réconciliation nationale et le foncier, en exprimant une volonté politique forte.

Du coup, le  retour des exilés et la reprise des lotissements ne peuvent pas être utilisés par l’opposition. Du reste, pas maintenant. Et Eddie KOMBOIGO le sait.

Voilà pourquoi son tout premier discours s’est axé sur un sujet non moins important : les élections. Les élections passées avec leurs tares, et les élections futures avec leurs défis et risques.

En se dressant contre le report des municipales sans large concertation, Eddie KOMBOIGO veut marquer plusieurs coups et imprimer sa marque. En effet, les textes de la CEDEAO interdisent les réformes électorales sans consensus à moins de six mois des scrutins.

En s’appuyant sur ce dispositif  légal, M. KOMBOIGO tend une main à l’Opposition non affiliée (ONA) conduite par Pr Abdoulaye SOMA. L’ONA qui avait d’ailleurs dénoncé, à l’approche des élections couplées de novembre 2020, des révisions non consensuelles du Code électoral. 

Eddie KOMBOIGO signifie aussi à la Majorité et au Gouvernement que, quoiqu’affaiblie, l’Opposition tient à être respectée et consultée sur les grandes questions d’intérêt national. Et, le Gouvernement sera obligé de se concerter avec l’Opposition à travers le CFOP. Ce qui constituera un « point » pour M. KOMBOIGO et ses camarades.

Par ailleurs, dans son discours d’investiture, Eddie KOMBOIGO a fait des clins d’œil aux syndicats, et Bala SAKANDE l’a taquiné à propos. Ce qui montre que le nouveau chef de file de l’opposition compte bien aller au-delà du champ de l’opposition politique classique, pour rassembler les autres oppositions. Y arrivera-t-il ? Wait and see !

Enfin, dénonçant sans relâche les irrégularités des élections passées, et en menaçant de prendre la rue en cas de « récidive », Eddie KOMBOIGO veut faire en sorte que le jeu ne soit pas plié d’avance.

Tout indique en effet que les municipales prochaines vont confirmer l’hégémonie du MPP et d’une majorité qui ne font que grossir, face à une opposition qui devra se battre pour exister.

Tel le renard dans les fables de La Fontaine, Eddie KOMBOIGO est conscient de ses forces et surtout, de ses handicaps. Et il compte user de ruse pour obtenir le « fromage ».

Les politiques, a dit Machiavel, savent être tantôt rusés, tantôt puissants. Ils choisissent selon les circonstances d’être renard ou lion, « car le lion ne se défend pas des pièges, le renard ne se défend pas des loups. Il faut donc être renard pour connaître les pièges et lion pour effrayer les loups ».

Pour l’instant, n’ayant pas la force du lion, Eddie KOMBOIGO a opté pour la stratégie du renard.

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