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Belgique / RDC : la visite du Roi Philippe au cœur de toutes les attentes (Analyse)

Après plusieurs reports, notamment imposés par la crise de la Covid-19, le roi des Belges, Philippe, se rendra pour la première fois en République démocratique du Congo du 7 au 13 juin.

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Répondant à l’invitation du président Félix Tshisekedi, il a parfaitement conscience des attentes, mais aussi des espérances, suscitées par cette visite dans l’ancienne colonie belge.

Intervenant à deux semaines des célébrations du 62ème anniversaire de l’accession à l’Indépendance du Congo, cette visite royale pourrait être l’occasion pour l’ancienne puissance coloniale d’enfin exorciser les démons d’un passé douloureux entre les deux pays.

— Le tabou de l’héritage du roi Léopold.

Pour beaucoup, la Belgique au Congo, c’est avant tout la mainmise du roi Léopold II sur ce gigantesque territoire d’Afrique Centrale à partir de 1885.

A l’issue de la Conférence de Berlin, qui se clôture la même année et au cours de laquelle les puissances européennes procèdent au partage de leurs colonies africaines, le roi des Belges hérite à titre personnel du Congo où il installe un impitoyable système d’exploitation des richesses naturelles, mais également des autochtones qui peuplent le pays.

Dans cet « État Indépendant du Congo », où les agents européens et les explorateurs opèrent pour le compte du roi Léopold, la violence du système est symbolisée par les conditions de la récolte du caoutchouc.

Face à la forte demande mondiale en pneus, dans un Occident en pleine révolution industrielle, les travailleurs qui ne récoltent pas assez de caoutchouc subissent des châtiments corporels allant de la flagellation à l’amputation des membres, voire à la mort ; sans aucune distinction entre les adultes et les enfants.

C’est notamment le sort réservé à ces travailleurs autochtones qui poussera des intellectuels britanniques à sensibiliser sur le respect des Droits de l’homme au Congo.

Face au tollé, le roi Léopold cèdera l’État indépendant du Congo à la couronne de Belgique, qui le gèrera officiellement comme une colonie à partir de 1908.

Évoqués lors du célèbre discours de Patrice Lumumba pendant la proclamation de l’Indépendance du Congo le 30 juin 1960 à Kinshasa, le racisme, les violences et autres discriminations, souffrent pourtant, aujourd’hui, d’un véritable tabou en Belgique.

Toujours considéré comme un héros, notamment pour avoir arraché le Congo des mains des esclavagistes zanzibarites au cours des « Campagnes Arabes de l’État indépendant du Congo », le roi Léopold continue à orner un certain nombre de monuments en Belgique.

Au printemps 2020, dans le sillage du mouvement « Black Lives Matter » relancé suite à l’assassinat de George Floyd par un policier de Minneapolis (USA), des activistes s’en étaient pris à la statue équestre et au buste du monarque belge à Bruxelles en les recouvrant de peinture rouge.

Perpétuellement contestée, la figure du roi Léopold II, dont les crimes au Congo sont parfois mis à la même échelle que ceux perpétrés par Hitler, n’a jamais été remise en cause officiellement par les autorités belges.

— Un début de reconnaissance attendu

En recevant le roi Philippe, le gouvernement congolais, s’attend à ce que l’ancienne puissance coloniale fasse un pas de plus vers la reconnaissance des crimes du passé.

En 2020, le roi des Belges avait pour la première fois exprimé de « profonds regrets pour les blessures » du passé ainsi que pour « les actes de violence et de cruauté » commis au Congo par les Belges du temps de la colonisation.

Dans la foulée, une Commission parlementaire spéciale sur le Congo était « chargée de faire la clarté sur l’État indépendant du Congo (1885-1908) et sur le passé colonial de la Belgique au Congo, au Rwanda et au Burundi ».

Accueillies avec enthousiasme au Congo, ces initiatives belges vont prochainement s’accompagner d’actes concrets tels que la restitution d’objets culturels acquis pendant la colonisation.

C’est d’ailleurs en ce sens que le ministre belge chargé de la restitution du patrimoine congolais effectuera lui aussi le voyage en compagnie du roi Philippe.

En février dernier, le gouvernement belge a adressé à la RDC un inventaire des objets d’arts susceptibles de lui être restitués prochainement.

Au total, ce sont près de 40 000 objets (statuettes, fétiches, armes blanches, pirogues etc…) qui pourraient rentrer au Congo en fonction de l’avancée des enquêtes sur leur provenance et sur leurs conditions d’acquisition par la Belgique.

— La restitution des reliques de Patrice Lumumba

La visite du roi des Belges au Congo, qui est présentée à Kinshasa comme la réaffirmation de l’amitié entre les deux États, précèdera de quelques jours la restitution des reliques de Patrice Lumumba, détenues par la Belgique.

Tué par les Occidentaux le 17 janvier 1961 au Katanga, le héros de l’indépendance congolaise a longtemps été au cœur de discussions entre le Congo et les Belges pour le rapatriement de ses restes.

Mais de sa dépouille, il ne reste en réalité qu’une dent conservée par l’un de ses bourreaux.

Le corps de Lumumba, dissout dans l’acide après son assassinat, n’a jamais été retrouvé.

Cette restitution, qui aurait dû intervenir en juin 2021, n’a finalement pu avoir lieu du fait de la pandémie de Covid-19.

Elle devrait être restituée à la famille Lumumba le 20 juin prochain à Bruxelles.

Si le Premier ministre belge Alexander De Croo doit prononcer un discours pour l’occasion, il est prévu que la restitution de la dent de Lumumba ait lieu en « petit comité », avant qu’un moment de recueillement ne soit observé à Bruxelles.

A travers cette série de gestes symboliques, les Congolais espèrent de la Belgique qu’elle regarde enfin en face, voire qu’elle assume, son lourd passé colonial.

Si les relations diplomatiques entre les deux États n’ont jamais sérieusement souffert de ces non-dits de la domination belge au Congo, une telle phase semble aujourd’hui nécessaire pour envisager un dialogue et des échanges en responsabilité.

Historique à plus d’un titre, la visite du roi Philippe en République démocratique du Congo et les messages qui la ponctueront pourraient donner le ton d’une nouvelle ère assurément souhaitée par tous.

Agence Anadolu

(*) Les opinions exprimées dans cette analyse n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas forcément la ligné éditoriale de l’Agence Anadolu.

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