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Alphonse TOUGOUMA, DG du FDCT : « Nous avons financé plus de 300 projets à hauteur de plus de 3 milliards de Francs »

Lancé il y a quelques années, le Fonds de Développement Culturel et Touristique (FDCT) a  contribué à l’éclosion et au développement de plusieurs projets des industries culturelles et touristiques du Burkina. Le FDCT ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Le regard tourné vers l’avenir, il innove et lorgne de nouveaux horizons, avec le soutien de l’Etat burkinabè et des partenaires techniques et financiers.

Le 21 mai 2021, le Directeur Général du FDCT, Alphonse TOUGOUMA, a accordé un entretien à ACTUALITE.BF. Une entrevue pleine d’optimisme et de perspectives que nous vous invitons à lire.

ACTUALITE.BF : Veuillez nous présenter brièvement le Fonds de Développement Culturel et Touristique (FDCT) !

Alphonse TOUGOUMA (A.T.) : Le Fonds de Développement Culturel et Touristique peut se résumer comme un instrument ou un mécanisme qui se veut être un bras financier des industries culturelles et touristiques. Il a vu le jour en 2016, et sa vision est que le tourisme et la culture doivent participer effectivement au développement de l’économie nationale. Nous devons plus participer au PIB, à la création d’emplois et, surtout, à la réduction des inégalités de tout genre. Nous agissons sur trois axes dont le premier est le financement des projets des acteurs. Le deuxième axe, c’est le renforcement des capacités, c’est-à dire la professionnalisation, pour permettre aux acteurs et aux opérateurs d’être à un niveau de compétitivité acceptable. Et le troisième axe, c’est le développement des informations sur les industries culturelles et touristiques. Ce troisième axe m’intéresse bien, parce qu’il s’agit de dire à ceux qui ont de l’argent pour investir, qu’il y a des opportunités ici et là. Contrairement au premier axe où il y a des gens qui ont des projets, mais qui n’ont pas d’argent et qui viennent pour chercher le financement, dans le troisième, nous incitons des acteurs économiques à financer dans le domaine de la culture et du tourisme, en leur donnant les arguments et les motifs nécessaires.

ACTUALITE.BF : Quel est le bilan chiffré du FDCT depuis sa création ?

A.T. : Ces quatre dernières années, le FDCT a financé plus de 300 projets à hauteur de plus de 3 milliards de Francs CFA. Ce, dans toutes les 13 régions. C’est vrai que c’est de façon disparate, mais c’est tout à fait normal, car les régions n’ont pas la même taille, et la technicité varie d’une région à une autre. C’est vrai que le Centre s’en tire avec le maximum, mais c’est tout à fait normal. Nous sommes trois millions à Ouagadougou et, en terme numérique, la capitale regorge de plus de technicité et de plus d’acteurs et de promoteurs culturels.

ACTUALITE.BF : Vous avez tantôt parlé de projets dans les différentes régions. Quels sont les projets en cours au FDCT, et qui peut en bénéficier?

A.T. : Nous venons de boucler le premier appel à projets dans le cadre d’un programme avec l’Union Européenne où nous avons financé 74 projets à plus de 1,2 milliard de Francs CFA. Très prochainement, nous allons lancer d’autres appels à projet à travers la Coopération Suisse. Il y a également l’appel à projets classique du Fonds. Nous recevrons en outre la Coopération Belge pour conclure éventuellement un autre appel à projets. Qui peut bénéficier de nos produits? Il faut être un opérateur culturel ou touristique,  c’est-à-dire, une personne morale de droit privé. Mais les entreprises individuelles peuvent également postuler. Nos deux grands produits sont la subvention et le prêt. Le prêt, c’est spécifiquement pour la dimension rentabilité, et la subvention, c’est pour contribuer à renforcer l’assiette de l’industrie culturelle et touristique à travers la subvention de la matière première pour les entreprises.

ACTUALITE.BF : Vous avez évoqué le soutien de  partenaires internationaux. Quelles sont les autres sources de financement du Fonds ?

A.T. : L’État est le premier partenaire du Fonds. Il met 1 milliard de Francs CFA au moins, par an, et avec le retour sur investissement que nous avons, nous sommes à l’ordre de 1,5 milliard de Francs CFA par an. Donc, l’État est jusque-là, le premier pourvoyeur des ressources du Fonds.

ACTUALITE.BF : A quelles difficultés êtes-vous confrontés, tant au niveau des ressources, qu’au niveau des rapports avec les acteurs sur le terrain ?

A.T. : Les difficultés, il n’en manque pas. Sinon, nous n’aurions pas notre raison d’être là. Ce qu’il faut retenir avec les acteurs, c’est qu’on ne se comprenait pas forcément  au début, mais de plus en plus, nous sommes en train d’aller sur la même longueur d’onde. Certains croyaient, surtout au sujet du prêt, que ce n’était pas à rembourser, parce que c’est de l’argent public. Je crois que les uns et les autres ont compris que toutes les dispositions ont été prises pour que cet argent soit remboursé au franc près.

Pour les difficultés internes, nous avons de la peine quand nous voyons des projets viables que nous n’arrivons pas à financer. Dans le cadre de l’appel à projets dont je parlais, 244 projets étaient finançables, mais nous n’avons financé que 74. Ça fait de la peine de voir des projets qui tiennent la route, mais d’être obligé de dire aux intéressés de revenir la prochaine fois, compte tenu de nos ressources. Nous sommes dans l’ordre de 11% de satisfaction des besoins de financement. Ce n’est vraiment pas intéressant quand on voit qu’on aurait pu faire mieux.

ACTUALITE.BF : Sur l’incompréhension des acteurs, nous aimerions revenir sur le Fonds Covid-19 pour les acteurs culturels, que d’autres ont familièrement appelé « le milliard des acteurs culturels». Cette initiative a-t-elle atteint son objectif?

A.T. : Oui ! Il faut s’en féliciter et remercier le président du Faso pour la mise en place de ce  Fonds Covid-19. Le Fonds, à notre avis, a atteint plus que ses objectifs. Premièrement, il a été mis en place pour soulager ceux qui ont subi un préjudice. Tous ceux qui ont subi un préjudice et qui ont fourni un dossier en bonne et due forme ont été soutenus à hauteur de 60% pour ce qui est des dépenses qu’ils avaient pu effectuer. Je tiens à souligner que c’était une faveur, et non pas forcément un droit. Parce que, dans un dispositif normal, lorsque vous êtes entrepreneur et que vous subissez des pertes ou des préjudices, il y a des mécanismes pour que vous rentriez dans vos droits. Étaient notamment concernés par le Fonds Covid-19, des spectacles et des manifestations culturelles annulés. Mais au-delà de cela, nous avons jugé nécessaire d’accompagner d’autres acteurs qui ont subi des préjudices. Par exemple, on a accompagné des entreprises pour payer 3 mois de salaires, de factures d’eau,  d’électricité, et même de téléphone. Ça, c’était pour les entreprises.

Le troisième volet était la relance des activités artistiques et culturelles. Nous avons touché au moins 11.000 personnes directement, dans le cadre de ce Fonds Covid-19. Je pense que les acteurs culturels devraient reconnaître que quelque chose a été fait. Certes, ce n’était pas suffisant, mais il fallait qu’on travaille à la relance des activités culturelles, et aussi d’autres secteurs.

Nous avons été opérateurs pour accompagner ce Fonds Covid-19, sinon c’est un organe qui a été mis en place pour le gérer. Mais l’argent a été logé à notre niveau et, donc, nous avons contribué à sa gestion.

ACTUALITE BF : Pour terminer, quelles sont les perspectives du FDCT ?

A.T. : En perspective, il nous faut avoir des ressources sûres pour être plus efficaces. Il y a d’autres expériences ailleurs que nous allons copier, mais ça se résume au fait que nous devions avoir des ressources pérennes. Ça veut dire que le Fonds doit être approvisionné par des ressources directes. Ça fait quand même quatre années que nous fonctionnons avec 5 appels à projets déjà à la clé. Et cette année, nous allons marquer une halte pour regarder derrière et savoir si nous sommes sur le bon chemin. Nous allons donc évaluer le Fonds.

Par ailleurs, nous introduisons une innovation cette année, qui consiste à ne pas lancer des appels à projets séquencés, mais à lancer en octobre, un appel à projets en 5 lots. Le lot Union Européenne; deux appels à projets avec la Coopération Suisse : le premier sur le genre, la décentralisation et la jeunesse, et le deuxième sur le développement humanitaire, le vivre-ensemble, etc. Il y a également la Coopération Belge. Le cinquième lot, c’est l’appel classique du FDCT. Pourquoi en octobre? Nous voulons désormais que ce soit en octobre que nous lançons nos appels à projets, pour permettre aux gens qui veulent agir dès le 1er  janvier de l’année suivante, d’avoir de la matière. Nous voulons être dans le cycle normal de l’année budgétaire.

Interview réalisée par Nabi BAYALA et Souleymane ZOETGNANDE

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