Workplace

Dez Altino en exclusivité : sa carrière, ce qu’il prépare, sa famille, la concurrence

Dez Altino, à l’état civil Tiga Wendwaoga Désiré Ouédraogo, est l’un des artistes burkinabè les plus connus et côtés. Natif de Ouahigouya, capitale de la région du Nord, le “Prince national” comme on le surnomme affectueusement, a fait son apparition dans l’univers de la musique en 2006. L’artiste a évolué au fil du temps, et a réussi à glaner plusieurs lauriers. Sa consécration est arrivée en 2013, lorsqu’il a remporté le prix du meilleur artiste à la 13e édition des Kundé d’or (la plus prestigieuse distinction de la musique burkinabè).
Son actualité, ses projets, la concurrence, et sa vie en dehors de la musique : l’artiste s’est prêté au jeu de questions réponses avec l’équipe de ACTUALITE.BF. C’était, le lundi 12 juillet 2021, chez lui à domicile.

Workplace
Annonces
Workplace

ACTUALITE.BF (A.BF) : Vous avez réussi à entretenir 15 ans de célébrité. Quel est votre secret ?

Dez Altino : Mon secret, c’est le travail. C’est vrai que j’ai commencé la musique naturellement, comme tout autre artiste, en étant pas allé à l’école de la musique, mais j’ai tout appris au fil du temps. Aujourd’hui, j’arrive à jouer de la guitare, à faire de l’acoustique. Je joue également du piano. C’est peut-être un secret pour vous. Les gens aiment les hommes qui travaillent. Moi aussi, j’aime les hommes qui travaillent.

A.BF: Comment se porte la carrière de Dez Altino ?

Dez Altino : Je peux dire que ma carrière se porte très bien, car, chaque année, ça ne fait que monter. Le dernier album que j’ai sorti a occupé durant deux années successives (en 2019 et 2020), la place du meilleur album de l’année au BBDA, en matière de vente et de téléchargements. Durant ces deux dernières années, c’est l’album “Béogo” qui a réalisé les meilleures ventes. Ceci dit, on a effectué quelques tournées, compte tenu de la situation (sécuritaire et sanitaire, NDLR). On voyage difficilement. Mais on arrive quand même à faire des tournées à l’intérieur du pays.

“Ma carrière se porte très bien.”

A.BF : Pouvez-vous nous parlez de vos projets ?

Dez Altino: Les projets, je n’aime pas trop en parler, parce qu’ils peuvent réussir comme ne pas réussir. Je suis optimiste, et j’ai beaucoup de projets personnels. Quand je vais les réaliser, vous allez tous voir et entendre. Je viens de faire sortir mon single «Sougri». Maintenant, je suis en train de préparer d’autres choses. Ce sera probablement un album, mais qui verra le jour peut-être en 2022. Pour faire bien les choses, il faut prendre du temps. Mais n’empêche que des singles sortiront, en attendant. Tant qu’on est là, on n’aura pas d’autre choix que de toujours travailler pour nos fans.

A.BF : Qu’est-ce que Dez Altino pense du “wack” (la magie)? Est-ce une pratique qui peut maintenir un homme dans la célébrité pendant plusieurs années?

Dez Altino : Maintenir célèbre, c’est trop dire. Chaque pays a sa civilisation. Le wack joue son rôle. Il y a des tradipraticiens qui l’utilisent pour soigner. D’autres l’utilisent à d’autres fins. Mais je ne pense pas que, pour une carrière, cela puisse marcher. Ce n’est pas évident que ça marche pour le propre enfant du wackman, s’il décide de chanter. Il faut donc travailler, avant toute chose. Pour moi, le meilleur wack, c’est la bénédiction des parents et des grands parents. Tout cela accompagne une carrière. Mais il faut mettre le travail en avant. Seul le travail peut faire avancer l’homme.

A.BF : D’aucuns affirment que le Prince national n’est pas à l’aise dans le live. Est-ce vrai ?

Dez Altino : Pourtant, je suis sollicité partout. C’est vrai qu’au début, on n’était pas beaucoup encadré. Mais maintenant, je peux dire que je fais partie des artistes qui sont à l’aise en live. Je suis régulièrement programmé pour les prestations finales en live dans les festivals. C’est toute une équipe qui travaille bien. Je me rappelle que c’était un journaliste qui avait dit ça quelque part. Ce même journaliste a confirmé, par la suite, que j’étais fort en live.

A.BF: Que repondez-vous à vos détracteurs qui vous accusent de chanter pour les grands hommes du pays en contrepartie d’argent?

Dez Altino : C’est leur point de vue. Je ne peux pas les empêcher de dire cela.

A.BF : Floby et Dez Altino : la comparaison persiste. Comment réagissez-vous?

Dez Altino : Il y a effectivement une comparaison qui est logique, parce que la musique, c’est aussi la concurrence, et non la guerre. Floby est un ami et un frère pour moi. Il n’est pas nécessaire que Floby et Dez Altino se fassent la guerre pour que le showbiz marche. Les gens font la confusion. La concurrence existe, chacun cherche à travailler et à évoluer, mais ce n’est pas pour autant qu’on ne doit pas s’aimer. Au-delà de la musique, il y a de l’amour fraternel entre nous.

A.BF : Il n’y a pas de guerre entre vous, certes. Mais il y a forcément un leader de la musique burkinabè aujourd’hui

Dez Altino: J’abats un travail, et je laisse le classement à tout un chacun. Quand j’ai commencé à chanter, personne ne me connaissait. J’ai commencé difficilement. Mon parcours, beaucoup ne le connaissent pas. Ceux qui m’ont suivi savent d’où je suis venu. Je ne me compare à personne. J’essaie d’être meilleur en me comparant à moi-même, et c’est la seule façon d’évoluer.

A.BF: Parlons de votre vie en famille. Comment ça se passe?

Dez Altino : Ma vie en famille n’a rien à voir avec le showbiz. Quand je suis en famille, je suis comme tout le monde.

A.BF: Dez Altino est-il marié?

Dez Altino : Non! Marié, c’est trop dire. Parce que je ne suis pas allé à la mairie. Pour autant, je ne suis pas un coeur à prendre. J’ai une fille de 8 ans.

A.BF : Quelles sont vos relations avec la nouvelle génération d’artistes-musiciens?

Dez Altino : Pour moi, il n’y a pas de générations, parce que la musique, c’est une continuité.

A.BF : Ne craignez-vous pas que ces artistes émergents vous fassent de l’ombre ?

Dez Altino : Non! Chacun fait sa musique. La musique de l’un n’empêche jamais l’autre d’évoluer. Nous sommes venus trouver des gens qui sont toujours en train de jouer. Dire que le fait que tu sois là depuis dix ans doit te donner le droit d’empêcher d’autres d’évoluer, c’est tout simplement de la sorcellerie. Je ne suis pas d’accord avec cela. La concurrence ne tue pas le showbiz. Au contraire, ça augmente l’efficacité de notre showbiz. C’est ce qui doit se faire même, pour que le showbiz puisse évoluer. Beaucoup de la nouvelle génération sont venus me voir. On a échangé et on s’est donné des conseils. Donc, c’est la famille.

A.BF : Auriez-vous des conseils pour les jeunes qui rêvent d’embrasser une carrière musicale?

Dez Altino : Pour les jeunes qui veulent entamer une carrière musicale, il faut d’abord qu’ils aient la passion. C’est très important. Il leur faut également du courage, parce qu’être musicien n’est pas chose facile. La patience leur sera aussi utile. Ils auront enfin à écouter les conseils et à savoir ce qu’ils veulent.

A.BF : Un mot de la fin…

Je vous remercie, et je souhaite qu’il y ait la paix dans le pays. C’est très important : la paix, rien que la paix, pour que la culture puisse vivre.

Interview réalisée par :

  • Nabi Bayala (Rédacteur en chef)
  • Souleymane Zoetgnandé (Chef de Desk culture)
  • B. K. (Réalisateur, monteur)
  • Laeticia Ouédraogo (Stagiaire)

Workplace