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Crise malienne : la rivalité France-Russie y est pour quelque chose, selon Amadé SORO

Le président de la Transition malienne, Bah NDAW, et son Premier ministre Moctar OUANE, avaient été arrêtés et conduits au camp militaire de Kati par des militaires le 24 mai dernier. Il s’en est suivi une démission des deux personnalités dans la journée du 26 mai.
Pour comprendre cette situation des plus complexes, nous avons échangé avec Adama Amadé SORO. Journaliste et spécialiste de géopolitique à Savane Média, correspondant de médias internationaux, Adama Amadé SORO est aussi traducteur franco-arabe et écrivain, entre autres.

Dans son analyse, il ressort qu’une rivalité entre la France et la Russie a lieu au Mali, et que cette réalité explique en partie l’impasse actuelle.

Notre spécialiste pense que la situation au Mali était prévisible : « La Transition qui avait été mis en œuvre avec la démission forcée de Ibrahim Boubacar KEITA (IBK) a été liée aux différents mouvements de contestation enregistrés partout dans le pays. Les observateurs étaient dubitatifs par rapport à la capacité de la Transition à conduire le pays de manière à satisfaire les aspirations du peuple. Ce coup de force est donc une conséquence logique de cette situation. Il y a également un autre aspect : c’est le fait qu’il y ait des camps et des positions tranchées au niveau de la transition. D’après ce que nous avons reçu comme information, il y a des militaires pro russes qui sont en lien avec des officiers maliens ayant suivi des formations dans des écoles russes, et il y a des pro français. Vu la situation d’ensemble dans le continent africain, c’est à dire la lutte contre le terrorisme et le phénomène de l’immigration, les puissances internationales essaient de trouver des pays qui pourraient épouser leur idéologie et leur manière de voir les choses».

Sur la question de l’attitude à adopter par la CEDEAO, notre expert evoque une position délicate de l’institution face à la situation, au regard de la démission du président et du premier ministre de la Transition. Il prédit donc un dénouement à la tchadienne ou une répétition de la situation d’après IBK. «A moins que la pression internationale ne soit plus forte, de sorte à amener la junte à voir au niveau de la société civile pour désigner des dirigeants, ne serait-ce que pour le poste de premier ministre», a-t-il dit.

A l’instar du cas tchadien, si on laisse faire au Mali, ne risquerait-on pas de voir proliférer des prises de pouvoir par des militaires dans la sous-région ?
Adama Amadé SORO estime que non, puisque « les différents pays n’ont pas forcément la même manière d’appréhender les choses et d’apporter des solutions aux crises».
Le spécialiste en géopolitique est revenu sur la rivalité entre la France et la Russie en Afrique. Il note le retour de la Russie dans certaines parties du monde comme au Moyen-Orient où il a sauvé le régime de Bachar EL-ASSAD en Syrie. En Afrique, la Russie est également présent en Centrafrique à travers des accords militaires. Il évoque aussi la proximité du Mali avec des pays arabes. «Mais je ne pense pas qu’on puisse parler de guerre froide, mais d’une grande rivalité que les puissances étrangères se livrent sur le Mali. Il ne faut pas exclure la Chine qui ne compte pas non plus se faire dicter les conditions de sa collaboration avec les pays africains», a ainsi expliqué Adama Amadé SORO.

Au milieu de ces rivalités entre puissances, il y a le Colonel Assami GOITA qui est considéré aujourd’hui comme l’homme fort du pays. Sa sécurité n’est-elle pas menacée? Ne risque t-il pas le sort de Moussa Dadis CAMARA?
A ces questions, le journaliste pense que le scénario, même si il n’est pas souhaitable, est envisageable. « Cela contribuerait à déboussoler la Transition et à prolonger le martyr du peuple malien. C’est au président de veiller à sa sécurité et de trouver des hommes fidèles à ses côtés», a-t-il conclu.

Entretien et montage vidéo : Nabi BAYALA

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